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Difussion en ce moment: Autonomie Ouvrière ? Commentaires discussion débat autour du texte: Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière de Lucia Bruno

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mercredi 13 décembre 2017

Débat sur le texte: Qu'est-ce que l'Autonomie ouvrière ? - Émission de Radio Vosstanie (En ligne)

Émission de Radio Vosstanie !

du 10 décembre 2017 à 14h
(en diffusion en ce moment)

TELECHARGER L’ÉMISSION 
142 minutes


Discussion, débat et commentaires du texte de
Lucia Bruno


Qu'est-ce que l'autonomie ouvrière ?


Contre-capital & Vosstanie !


Le texte format papier sera disponible format livre en février 2017
Son du texte qui sera débattu en téléchargement
(en diffusion en ce moment)




https://entremonde.net/mario-tronti


Voir aussi

https://agone.org/memoiressociales/anneesderevesetdeplomb/

Alessandro Stella 
Années de rêves et de plomb
Des grèves à la lutte armée en Italie (1968-1980)


http://www.lyber-eclat.net/livres/la-horde-dor/

Nanni Balestrini / Primo Moroni
La horde d’or. Italie 1968-1977
La grande vague révolutionnaire et créative, politique et existentielle
Éditions de L’Éclat

lundi 11 décembre 2017

Qu’est-ce qui peut constituer la conscience politique ? * (Mikhaïl Bakounine) - Matériaux pour une émission (16)

 Qu’est-ce qui peut constituer la conscience politique ? *

Mikhaïl Bakounine (1872)

Peut-on se flatter de pouvoir donner, au moyen de la propagande la plus habilement organisée et la plus énergiquement exercée, aux masses populaires d’une nation des tendances, des aspirations, des passions, des pensées qui ne soient pas le produit de leur propre histoire et que, par conséquent, elles ne portent point naturellement, instinctivement dans leur sein ? Il me semble qu’à une question ainsi posée, tout homme consciencieux, raisonnable, et qui a la moindre idée de la manière dont la conscience populaire se développe, ne peut donner qu’une réponse négative. Et en effet, aucune propagande n’a jamais donné à un peuple le fond de ses aspirations et de ses idées, ce fond ayant toujours été le produit du développement spontané et  des conditions réelles de sa vie. Que peut donc faire la propagande ? En apportant une expression générale plus juste, une forme heureuse et nouvelle aux instincts propres du prolétariat, elle peut quelquefois en faciliter et en précipiter le développement, surtout au point de vue de leur transformation en conscience et en volonté réfléchie des masses elles-mêmes. Elle peut leur donner la conscience de ce qu’elles ont, de ce qu’elles sentent, de ce qu’elles veulent déjà instinctivement, mais jamais elle ne pourra leur donner ce qu’elles n’ont pas, ni éveiller en leur sein des passions qui de par leur propre histoire leur sont étrangères.

Maintenant, pour décider cette question, si au moyen de la propagande on peut donner la conscience politique à un peuple qui ne l’a jamais eue jusque-là, examinons ce qui constitue réellement dans les masses populaires cette conscience. Je dis expressément dans les masses populaires, car nous savons fort bien que dans les classes plus ou moins privilégiées, cette conscience n’est pas autre chose que celle du droit conquis, assuré et réglé d’exploiter le travail des masses et de les gouverner en vue de cette exploitation. Mais dans les masses, qui ont été éternellement asservies, gouvernées, exploitées, qu’est-ce qui peut constituer la conscience politique ? Ce ne peut être assurément qu’une seule chose, la sainte révolte, cette mère de toute liberté, la tradition de la révolte, l’art coutumier d’organiser et de faire triompher la révolte, ces conditions historiques essentielles de toute pratique réelle de la liberté.

Nous voyons donc que ces deux mots, conscience politique, dès leur origine même, et à travers tout le développement de l’histoire, ont deux sens absolument différents, opposés, selon les deux points de vue également opposés auxquels on se plaît de les envisager. Du point de vue des classes privilégiées, ils signifient conquête, asservissement, et organisation telle quelle de l’État en vue de l’exploitation des masses asservies et conquises. Du point de vue des masses, au contraire, ils signifient révolte contre l’État, et, dans leur dernière conséquence, destruction de l’État. Deux choses, comme on voit, tellement différentes qu’elles sont diamétralement opposées.

Maintenant on peut affirmer avec une certitude absolue qu’il n’y a jamais eu de peuple sur la terre, quelque abâtardi ou quelque maltraité qu’il ait été par la nature, qui n’ait ressenti, au moins à l’origine de son asservissement, quelque velléité de révolte. La révolte, c’est un instinct de la vie ; le ver même se révolte contre le pied qui l’écrase, et l’on peut dire en général que l’énergie vitale et la dignité comparative de tout animal se mesure à l’intensité de l’instinct de révolte qu’il porte en lui. Dans le monde des brutes, comme dans le monde humain, il n’est point de faculté ou d’habitude plus dégradante, plus stupide et plus lâche que celle d’obéir et de se résigner. Eh bien, je prétends qu’il n’y a jamais eu de peuple si dégradé, sur la terre, qui ne se soit point révolté, au moins dans les commencements de son histoire, contre le joug de ses conquérants, de ses asservisseurs, de ses exploiteurs, contre le joug de l’État.

Mais il faut reconnaître qu’après les luttes sanglantes du moyen âge, le joug de l’État a prévalu contre toutes les révoltes populaires, et qu’à l’exception de la Hollande et de la Suisse, il s’est assis triomphant dans tous les pays du continent de l’Europe. Il y a créé une civilisation nouvelle : celle de l’asservissement forcé des masses, et de la servitude intéressée et par conséquent plus ou moins volontaire des classes privilégiées. Ce que l’on a appelé révolution jusqu’ici, — même y compris la grande Révolution française, malgré la magnificence des programmes au nom desquels elle s’était accomplie, — n’a rien été en effet que la lutte de ces classes entre elles pour la jouissance exclusive des privilèges garantis par l’État, la lutte pour la domination et pour l’exploitation des masses.

Mais les masses ? Hélas ! il faut le reconnaître, elles se sont laissé profondément démoraliser, énerver, pour ne point dire châtrer, par l’action délétère de la civilisation de l’État. Écrasées, avilies, elles ont contracté l’habitude fatale d’une obéissance et d’une résignation moutonnières, et se sont en conséquence transformées en immenses troupeaux artificiellement divisés et parqués, pour la plus grande commodité de leurs exploiteurs de toute sorte.

Je sais fort bien que les sociologistes de l’école de M. Marx, tels que M. Engels vivant, tels que feu Lassalle, par exemple, m’objecteront que l’État ne fut point la cause de cette misère, de cette dégradation et de cette servitude des masses ; que la situation misérable des masses, aussi bien que la puissance despotique de l’État, furent au contraire, l’une et l’autre, les effets d’une cause plus générale, les produits d’une phase inévitable dans le développement économique de la société, d’une phase qui, au point de vue de l’histoire, constitue un véritable progrès, un pas immense vers ce qu’ils appellent, eux, la révolution sociale. C’est au point que Lassalle n’a pas hésité à proclamer bien haut que la défaite de la révolte formidable des paysans de l’Allemagne au seizième siècle, — défaite déplorable, s’il en fut, et de laquelle date l’esclavage séculaire des Allemands, — et le triomphe de l’État despotique et centralisé qui en fut la conséquence nécessaire, constituèrent un véritable triomphe pour cette révolution ; parce que les paysans, disent les marxiens, sont les représentants naturels de la réaction, tandis que l’État militaire et bureaucratique moderne — produit et accompagnement obligé de la révolution sociale qui, à partir de la seconde moitié du seizième siècle, a commencé la transformation lente, mais toujours progressive, de l’ancienne économie féodale et terrienne en production des richesses, ou, ce qui veut dire la même chose, en exploitation du du travail populaire, par le capital — fut une condition essentielle de cette révolution.

On conçoit que, poussé par cette même logique, M. Engels, dans une lettre adressée dans le courant de cette année à l’un de nos amis [24], ait pu dire, sans la moindre ironie, et au contraire très sérieusement, que M. de Bismarck aussi bien que le roi Victor-Emmanuel ont rendu d’immenses services à la révolution, l’un et l’autre ayant créé la grande centralisation politique de leurs pays respectifs. Je recommande beaucoup l’étude et le développement de cette pensée toute marxienne aux Français alliés ou partisans de M. Marx dans l’Internationale.

Matérialistes et déterministes, comme M. Marx lui-même, nous aussi nous reconnaissons l’enchaînement fatal des faits économiques et politiques dans l’histoire. Nous reconnaissons bien la nécessité, le caractère inévitable de tous les événements qui se passent, mais nous ne nous inclinons pas indifféremment devant eux, et surtout nous nous gardons bien de les louer et de les admirer lorsque, par leur nature, ils se montrent en opposition flagrante avec le but suprême de l’histoire, avec l’idéal foncièrement humain qu’on retrouve, sous des formes plus, ou moins manifestes, dans les instincts, dans les aspirations populaires et sous les symboles religieux de toutes les époques, parce qu’il est inhérent à la race humaine, la plus sociable de toutes les races animales sur la terre. Ce but, cet idéal, aujourd’hui mieux conçus que jamais, peuvent se résumer en ces mots : C’est le triomphe de l’humanité, c’est la conquête et l’accomplissement de la pleine liberté et du plein développement matériel, intellectuel et moral de chacun, par l’organisation absolument spontanée et libre de la solidarité économique et sociale aussi complète que possible entre tous les êtres humains vivant sur la terre.

Tout ce qui dans l’histoire se montre conforme à ce but, du point de vue humain, — et nous ne pouvons pas en avoir d’autre, — est bon ; tout ce qui lui est contraire est mauvais. Nous savons d’ailleurs fort bien que ce que nous appelons bon et ce que nous appelons mauvais sont toujours l’un et l’autre des résultats naturels de causes naturelles, et que par conséquent l’un est aussi inévitable que l’autre. Mais comme, dans ce qu’on appelle proprement la nature, nous reconnaissons beaucoup de nécessités que nous sommes très peu disposés à bénir, par exemple la nécessité de mourir enragé lorsqu’on a été mordu par un chien enragé, de même, dans cette continuation immédiate de la vie naturelle qu’on appelle l’histoire, nous rencontrons beaucoup de nécessités que nous trouvons beaucoup plus dignes de malédiction que de bénédiction, et que nous croyons devoir stigmatiser avec toute l’énergie dont nous sommes capables, dans l’intérêt de notre moralité tant individuelle que sociale, malgré que nous reconnaissions que, du moment qu’ils se sont accomplis, les faits historiques même les plus détestables portent ce caractère d’inévitabilité que nous retrouvons aussi bien dans tous les phénomènes de la nature que dans ceux de l’histoire.


Extrait de

Mikhaïl Bakounine  Œuvres - Tome IV. FRAGMENT, formant une suite de L'Empire Knouto-Germanique. p 451-458  


* Note Vosstanie : Le titre relève de notre initiative.

jeudi 7 décembre 2017

A paraitre en février 2018 : Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ? de Lucia Bruno

Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ?
1985
  A paraître en février 2018



Brochure 90p. 

La publication sera complétée par un texte de commentaire critique ou nous soulignerons les lignes de forces mais aussi ce qui pose un véritable débat, une discussion.




O que é Autonomia Operária - Lúcia Bruno. Editora Brasiliense - 1986 . 91p.


 Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ?
Ce qu'est l'autonomie ouvrière. 


"Ce qui définit l'autonomie ouvrière comme pratique sociale, c'est sa capacité à créer des relations sociales d'un nouveau genre, qui se structurent en antagonismes ouverts avec les relations sociales existantes dans la société capitaliste. Dans quel sens ?

Dans le sens ou l'autonomie ouvrière s'exprime par la pratique de l'action directe contre le capital, sur les lieux de production — épine dorsale du capitalisme. Cette action directe unifie le pouvoir de décision et d'exécution, élimine la division entre travail manuel et intellectuel, abolit la séparation entre dirigeants et dirigés, et fait cesser la représentation par la délégation de pouvoir.

Sur le terrain de l'autonomie ouvrière, le travailleur ne se fait pas représenter. Il se représente.

Il s'agit d'un processus de lutte dans laquelle la classe ouvrière s'organise et se dirige, en se différenciant des classes dominantes, de leurs institutions, des pratiques et de l’idéologie d'intégration et d'exploitation. C'est une pratique qui unifie tous les fronts de lutte : économique, politique et idéologique, en ayant comme objectif final le socialisme."


mardi 5 décembre 2017

Misère de la reconnaissance, reconnaissance de la misère...

Misère de la reconnaissance, 
reconnaissance de la misère...
Comment faire des économies à l'approche des fêtes 



"La tache principale pour ressusciter la tradition socialiste consiste donc à revenir sur l'assimilation opérée par Marx entre économie de marché et capitalisme, pour dégager des espaces permettant d'imaginer d'autres manière d'utiliser le marché."
  
Axel Honneth 



In L'idée du socialisme : Un essai d'actualisation. Éditions Gallimard 2017. (page 82)





mercredi 29 novembre 2017

Introduction à l'histoire du MOUVEMENT LIBERTAIRE AU PORTUGAL (Parution)

Introduction à l'histoire du 
MOUVEMENT LIBERTAIRE 
AU PORTUGAL
Suivi de 
Caractéristiques de l'activité fouriériste 
dans la Péninsule ibérique.

CARLOS DA FONSECA




 La première édition de cette brochure est parue au CIRA 
[Centre International de Recherches sur l'Anarchisme] en 1973.

Le deuxième texte est extrait de la revue   
Autogestion et Socialisme, Charles FOURIER, Paris: Anthropos, n°20/21 - 1972.


TABLE

1. Sources d'inspiration

(Proudhon, Reclus et Kropotkine, Le syndicalisme révolutionnaire).

2. La Première Internationale ; La traversée du désert.

3. L'expansion de l'idéal libertaire.

4. Le terrorisme révolutionnaire.

5. L'orientation syndicaliste.

6. Congrès et conférences anarchistes.

Petit répertoire de la presse anarchiste portugaise [1886-1932]

Suivi de  

Caractéristiques de l'activité fouriériste 
dans la Péninsule ibérique.

*

Éditions ArqOperaria / Vosstanie, 2017 - 60p.

*




EXTRAIT




“Considérant que la propriété individuelle, la matière première et les instruments de travail, dans l'organisation sociale actuelle, sont l'origine de la misère des travailleurs;
que l'état politique indispensable au maintien de la propriété individuelle, est la cause du despotisme, du privilège, de la division des classes, de la décomposition et de la corruption sociale;

que, en conséquence, la classe laborieuse, pour atteindre un meilleur avenir et réaliser son émancipation, doit éliminer l’État et la propriété individuelle;

que l'émancipation de la classe laborieuse ne consiste pas à usurper la ploutocratie, mais à la détruire, quelle qu'elle soit…

Le groupe communiste-anarchiste de Lisbonne se constitue indépendamment de tout parti politique, pour répandre et développer ses théories, prêcher la révolution et la liquidation sociale, comme moyen indispensable à l'émancipation des classes laborieuses. En conséquence le groupe communiste-anarchiste repousse :

1) - la légalité des moyens d'action tels que les agitations électorales ou les mystifications parlementaires;

2 ) - la légalité imposée par l’État ou la religion, à la constitution de la famille
3) - la soumission à toute autorité personnelle ou législative, absolue, mandataire
ou paternelle;

4) - le sentiment patriotique ou national, l'égoïsme de race, de religions et de langues.

Comme moyens d'action le groupe communiste-anarchiste accepte ceux que prescrivent les revendications de la personnalité individuelle et les conditions de la société :
1) – la pratique de la solidarité avec tous les groupes et tous les individus qui veulent, comme nous, détruire le système social contemporain;

2) –l'abstention du suffrage, la désertion de la caserne, la grève violente, la propagande illégale sur le terrain des faits, et tous les autres moyens qui peuvent hâter la décomposition politique et économique des états;

3) – la vigilance attentive pour profiter de toute désorganisation des pouvoirs publics et procéder à la liquidation sociale.

Et, en prévision de l'organisation future, le groupe inscrit sur sa bannière, les mots
Communisme-anarchisme”

Grupo Comunista-Anarquista de Lisbonne : Revoltado n°1, 1887

voir aussi


(Sur la révolution dite des "oeillets" ou la transition démocratique portugaise)


 Un grand merci au CIRA de Lausanne qui vient de nous communiquer certaines corrections que Carlos da Fonseca avait effectué sur la brochure. Nous éditerons d'ici quelques un nouveau PDF de l'ouvrage.

lundi 27 novembre 2017

Pragmatisme, utopie et mystique communiste - Point de vue image de classe (20)

Pragmatisme, utopie et mystique communiste.
Point de vue image de classe (20)



"Il n'existe aucun procédé pour voir, même avec des yeux de presbyte, l'avenir dans le présent, aucun procédé pour calculer l'avenir."
Georges Sorel




Le mélaminé thermorésistant de cette vieille table qui trône dans la cuisine a supporté bien des épreuves. Je ne doute absolument pas de sa capacité à endurer un débat initié par deux ados ingurgitant ce célèbre et délicieux plat constitué essentiellement d’œufs tout à fait brouillés par ma fainéantise.

La nuit est tombée, et les questions sur l’absurdité et le “sens” de l’existence fusent.

Jean-Paul Sartre fut discuté à l’apéro et aussitôt évacué entre des lampées de sirop d’orgeat, des bretzels mous et des tuiles apéritives cassées saveur paprika.

Alors que je m'apprêtais à sortir mon éternelle barre pâtissière en guise de dessert, j’ai eu droit à la question qui tue. Un type de question auquel je ne faisais plus face et que j’ésquive depuis quelques années grâce à certains subterfuges aussi subtils que l'évitement.

Je me retrouve alors dans la célèbre position du militant, de celui qui doit convaincre parce que bousculé dans son engagement notoire.

Il ne s’agit plus de répondre au quidam ou de jouter verbalement avec un militant trotskiste aussi déformé qu’un vieux support de publicité sur lieu de vente de sortie de gare, ou de disserter avec des camarades convaincus par l'implicite d’une perspective.

Il fut fort aisé de répondre à cette question aussi folle que pratique et pourtant si pragmatique, si sensée. J’avais l’impression et c’était effrayant, de répondre en ayant le Monde nouveau [1] dans les mains.

Finalement je devais conclure devant mon auditoire (acquis) de manière sincère que j’étais rodé à ce genre d’exercice rhétorique et que mes explications étaient bien trop faciles et toutes aussi folles que leurs questions qui maintenant s'enchaînaient.

En cherchant dans mes mots une pile d’arguments qui pourraient motiver le fait de ne pas se rendre le lendemain au lycée, et de ne pas alimenter ce monde “aberrant”, il me fallait quand même tenir en équilibre pour ne pas dissoudre toute problématique de compréhension du réel et de sa dynamique (ce qui fut vaguement possible)  car il ne s’agit pas de faire de mes interlocuteurs non neutres des zombies, des apôtres de mon engagement personnel, ou des ardents et circonstanciels défenseurs de l’école buissonnière sous la bannière du "c’est pas juste ce monde est trop dégueulasse et ya un contrôle de maths demain ".

A la suite de mon “l’Utopie c’est de croire que notre monde peut continuer comme ça” j’ai dû convenir du malaise, car dans cette débauche d'arguments commerciaux sur la possible belle vie libertaire, il y avait quelque chose qui n’était absolument pas satisfaisant.... bien sûr.

Cela était d’autant plus vrai que ma dernière lecture faisait référence à L’utopie plus précisément dans sa conclusion.

Que l’on puisse nourrir son imaginaire d’utopies ou d’utopie il n'y a rien de très gênant, c’est même presque nécessaire pour sa propre sauvegarde. Le plus dangereux c’est peut-être de s’en contenter et peut-être même d’affirmer que le communisme en est une.

Ceci est d’autant plus vrai parce que dans l’optique utopique et donc idéale, c’est-à-dire sans défauts, toutes les questions trouvent nécessairement leurs réponses et leurs résolutions harmonieuses.

En cela la société communiste ou libertaire n’est pas une utopie.

Étonnamment l’utopisme en politique engendre un pragmatisme, une casuistique qui s'agence parfaitement à l’esprit du militant, de celui qui veut avoir le dernier mot pour que son monde ne s'effondre pas. Il trouvera toujours l'argument approprié, il répondra à une angoisse, la sienne propre ou celle de son interlocuteur.

Je me devais donc à l’heure de mon café qui suivait la vaisselle, non sans avoir joué du balai sous la table, de conclure avec eux que : la société idéale n'existera probablement pas et que cela serait mieux ainsi.

Il restait à dire et à développer à deux personnes qui comptent dans ma vie, et qui me disaient que j’avais “raison”, d’éviter de suivre, d'acquiescer bêtement à ce que je pouvais dire. Qu’il y avait surtout et essentiellement à n’avoir ni de maître ni de dieu. Pour le reste qu'il fallait surtout en discuter collectivement et qu’on avait rarement la solution tout seul dans sa chambre face à YouTube.

Le lave-linge tourne et pendant que je me dirige avec un sac vers la poubelle, celle des cartons je m’interroge.

Il semble que certains ouvrages de théories du communisme s'offrent a peu de frais un objectivisme tempéré par cet appel à l’utopisme, comme pour adoucir l'implacabilité de quelque chose de fermé, de finalement plutôt morbide. La nécessité côtoie la grande tristesse, peut-être celle du “théoricien” isolé, seul et “incompris de tous”. Ce topos des beaux rêves, à l’imaginaire lisse reste finalement clos.

Cette parade à "L’utopie” ne me semble même pas ou plus stimulante, elle reste même tout aussi aride. [2] Elle semble même travestir terminologiquement l’esprit d’une vraie mystique communiste avec son lot de dévots et autres charismatiques qui s’amusent à imaginer dans leurs têtes la dissolution immédiates des médiations engendrées par la marchandise à coup de citation critiques de Marx.

Le problème c’est que cette conception “mystique” du communisme, qui refuse à juste titre de faire bouillir les marmites du futur ne s’empêche pas de convoquer à la rescousse l'Utopie la plus plate, c'est-à-dire la plus "idéale", pour finalement ne pas même imaginer quoi que ce soit d'idéal avec des marmites ! encore moins qu’il faudra peut-être probablement un jour du feu...

Il est évident qu'un monde libéré de la marchandise (mais pas des utiles casseroles et autres poêles  svp camarade !) reconfigurera aussi bien l'imaginaire et nos repères, tout autant nos désirs, nos envies, de là à nous faire ingurgiter des aliments ou des plats encore congelés cela mérite un peu de réflexion ou de nuance quand même.

Il est temps d'apprendre à faire un feu pour qu'il brule encore et encore.



Notes

[1] Ouvrage de Pierre Besnard - Le monde nouveau, Organisation d'une société anarchiste. (1934)
[2] L’Utopie de Thomas More est plutôt effrayante en fait.

dimanche 26 novembre 2017

Pour une critique de l'Idéologie boulangère (Parution)

Pour une critique de
l'Idéologie boulangère
Décroissants de la brioche et une Rolls!



ÉPIGRAPHE

La société capitaliste contemporaine lèse les intérêts de l'intelligentsia, que celle-ci soit ou non partie prenante du système et en outre l'humilie en la plaçant sous la dépendance des capitalistes. Ressentant son humiliation, l'intellectuel se rebiffe et va s'adresser aux esclaves du travail manuel, toujours prêts à se rebeller, en s'efforçant de leur prêcher la révolution, [...] lorsque le progrès bourgeois stagne. Cependant, comme il ne souffre pas pour les mêmes causes, ni de la même manière que l'ouvrier il ne propose à celui-ci que des plans de lutte tels qu'ils permettent d'éliminer immédiatement les causes de son propre mal, sans pour autant apporter quoi que ce soit au «camarade » ouvrier qui le suit, mis à part la promesse d'un meilleur avenir. Les exigences qui ont mû les ouvriers sont toujours inévitablement remises, par l'intellectuel, à plus tard, laissées de côté, pour le « futur ».
Jan Waclav Makhaïski


Mais, de même qu’il y a des besoins corporels dont tout un chacun peut et doit s’occuper par lui-même, il existe aussi des objets du savoir qu’il est indispensable que tous connaissent et qui ne ressortissent, pour cette raison, à aucune science spécialisée particulière. La faculté de penser humaine est un objet de cette espèce : la connaissance, l’entendement, la théorie qui s’y rapporte ne peuvent être abandonnées à aucune corporation.



*

« Quand la dernière solution à la mode proposée, et prônée, n'est autre que d'être un animateur à mégaphone, un boutiquier alternatif équitable ou un épicier radicalement bio et autogéré;

Quand la frugalité, l'éloge de la « simplicité volontaire » et les traités « Maussiens » sur le renoncement au quantitatif s'affichent dans de nombreuses librairies radicales, c'est que la soumission à l'ordre dominant s'annonce des plus fantastique.

L'éloge du qualitatif dans la société capitaliste n'est ni plus ni moins que le retour de l'Homo - œconomicus qui revient par la fenêtre!

L'audience des discours, leurs diffusions, n'est pas sans nous faire penser que le prochain « serrage de ceinture » sera pour le prolétariat ! Qui, c'est bien connu, ne s'achète que des écrans plasma avec ses 900 euros.

Il n'y a qu'un pas pour penser que l'idéologie qui vient est toujours l'idéologie de la classe ascendante, c'est à dire celle qui annonce la prochaine offensive contre les exploités
».

Compil de textes Vosstanie - un livre de 103 pages.
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Prix libre OU une bière dans un café.
On peut nous contacter via le formulaire en gauche de la page d'accueil.

dimanche 19 novembre 2017

Bye-bye Twitter, nous voilà sur Tumblr !

Bye-bye Twitter, nous voilà sur Tumblr

Moins dans l'instant et l'éphémère.

 On y trouvera au quotidien des suggestions de liens, d'articles, de vidéos, de livres, des sons divers....

Il est même possible de nous proposer des liens et même des articles !

proposer un lien / texte

On promet rien, on justifie rien et pour éviter de grogner dans son coin on peut lire Nos Positions !



Vosstanie sur Tumblr



vendredi 20 octobre 2017

LE SOCIALISME SAUVAGE de CHARLES REEVE (A Paraître)

LE SOCIALISME SAUVAGE
 CHARLES REEVE 



ESSAI SUR L’AUTO-ORGANISATION ET LA DÉMOCRATIE DIRECTE  DANS LES LUTTES DE 1789 À NOS JOURS

"Désastre généralisé et crise de la représentation nous incitent à penser au présent le vieux principe de la démocratie directe qui prit forme en 1789, traversa les époques révolutionnaires pour se retrouver à nouveau dans les mouvements de contestation. Le principe d’autogouvernement s’y est toujours heurté aux  principes autoritaires de représentation permanente. Les soviets des révolutions russes et les conseils de la révolution allemande des années 1920 ont été deux expressions puissantes de cette promesse pour l’avenir, et se trouvent au cœur des réflexions développées dans ce livre. Car si le dénouement de la révolution russe a glacé pour un siècle le mouvement ouvrier, liant l’idée de socialisme à celle du totalitarisme de parti unique, l’expérience, courte mais riche, de la révolution allemande s’est révélée proche des mouvements contemporains, de Mai 68 au mouvement assembléiste du 15M en Espagne, en passant par Occupy aux États-Unis et par les Printemps arabes. Les courants spontanés, autonomes et émancipateurs des mouvements sociaux ont toujours été rejetés par les chefs du socialisme avantgardiste et qualifiés de « sauvages », car leur échappant. Même s’il n’est pas stricto sensu une histoire du mouvement socialiste, ce livre en revisite des grands moments. Il les étudie et les discute à travers le prisme de conceptions hérétiques et « sauvages », et garde à l’esprit la perspective de l’émancipation, encore et toujours."

A paraitre aux éditions L'Echapéee 320p. en Février - Mars 2018 


note Vosstanie. 
Une occasion de débattre de l'ouvrage pendant une émission ?



Sur
Charles Reeve.
Pour un itinéraire bio-bibliographique.

 Emission du 25/01/2014 

Cadernos de Circunstância
 Cadernos de Circunstância 67-70 


La conception putschiste
de la révolution sociale.
Le rôle de l'armée ou la conception bourgeoise de la révolution.

  Emission du 6 septembre 2014

mardi 3 octobre 2017

La sortie, c’est par où ? À propos de la "sortie" de l’économie et du capitalisme.



 La sortie, c’est par où ?
À propos de la sortie de l’économie et du capitalisme.


Dans Snowpiercer, le Transperceneige réalisé par Bong Joon-ho, sorti en 2013, et inspiré de la bande dessinée de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette, il est question d’un train lancé autour de la terre à très vive allure.

Aucune existence n’est possible hors du train, et son arrêt est impossible, car le niveau de température extérieure n’autorise que la mort immédiate. Les conditions climatiques terrestres sont la conséquence du délire humain et les survivants sont confrontés à l'intérieur du train, à une gestion totalitaire de la division sociale.

Ce train qui roule sur de vétustes rails, manque à chaque boucle de terminer sa course folle dans le prochain précipice. Tous sont tôt ou tard finalement condamnés.

S’en suivra le souhait de ceux de l'arrière (c'est-à-dire d’en bas) de rejoindre la tête du train et ses wagons luxueux pour peut-être prendre le contrôle de ce dernier. Cela est-il possible ? Le train ne risque-t-il pas de dérailler, et finalement d'aboutir à la mort de tous ? Est-ce que cette initiative de ceux de l’arrière pour la conquête de la tête du train changera fondamentalement quelque chose à la vitesse du train à son économie interne ?

Et « dehors » ? Peut-être que le froid n’est pas si mortel ?

Il est tout à fait possible d’établir des comparaisons entre le train de ce film et le capitalisme, et d'y voir peut-être une forme de dénonciation ou les classes sont explicitement présentées et mises en « scène ».

La critique écologiste n’est pas très loin ainsi qu'une « vision » idéologique que l'on a eu pour habitude de qualifier de « décroissantiste » [1] ceci selon notre interprétation et qui nous semble presque évidente.

Au-delà de la problématique dramatique et donc de la chute possible du train / capital, qu’est-il possible d’entrevoir ? Quel « possible » peut-on projeter dans des conditions de catastrophe ?

De ces premières interrogations s’en dégagent alors d’autres - peut-on ou doit-on « sortir » du capitalisme. Mais comment peut-on / doit-on sortir de ce train ? et la méthode utilisée pour « sortir » du train dans le film est-elle à proprement parler quelque chose qui relève du « sortir » ?

Mais, finalement, notre véritable questionnement ne tourne-t-il pas autour de la notion de la « sortie » où du « sortir » ? C’est à dire de la « sortie du capitalisme » ou de « sortie de l’économie » mais est-ce simplement concevable ? Ou possible ? Car enfin est-il possible de sortir du capitalisme et du monde marchand ? Ceci dans l’acception littérale de la proposition.

On ne fera pas de grande démonstration pour expliquer ici que, finalement, il est plus aisé de sortir d'un train que de sortir du capitalisme. Bien sûr le Transperceneige n'est pas n'importe quel train, il est le seul qui roule dans le film, et pour s'en rendre compte, il suffit de le regarder et de suivre notre propos ou d'accepter nos présupposés.

Par ici la sortie !
Dans le train.

Le train file, non comme une métaphore mais comme une comparaison, celle du capitalisme. [2] Sa logique interne est celle du capital. Monter dans un train a priori est une chose facile, on y entre en fonction du départ, et peut-être que finalement tout se joue au moment de l'arrivée, où le train s'arrête, car parfois la sortie de la gare est à l'avant. On aura peut-être préféré le milieu du train au cas où, quelquefois, on ne sait jamais...

S'il est très aisé d'identifier la population qui se trouve en queue de train comme le prolétariat, il en est tout autant de comprendre la traversée de toutes les rames pour rejoindre l'avant. La tête, devant, forcément.

Ce qui s'impose à cette population sans espoir, c'est ce combat vain et orchestré [3] ceci jusque dans sa quête de l'avant. Elle se révèle encore plus effroyable pour ceux qui sont parés de cette si fine et belle critique du capitalisme. Car enfin quelle idée de vouloir prendre la tête d'un engin incontrôlable ou rien n'est possible pas même son arrêt ?

L'espoir du but probablement. Mais cet objectif n'est pas sans un chemin, construit de solidarités de trahisons et de combats. Il s'agit de quelque chose qui nous indique que nous ne sommes pas morts à « l'arrière » sans rien faire à attendre de crever de toute façon. Il est question aussi d'exister peut-être encore un peu.

Dans ce faux fléchage sur la nécessité (vaine) de prendre les leviers d'une machine folle qui finira d'ailleurs tôt ou tard par dérailler, se dégagent d'autres pistes. Sont-elles tout aussi fausses ?

Regarder par la fenêtre d'un train.

Dehors c'est de l'autre côté de la vitre. Peut-être n'est-il pas moins compliqué de le faire que dans la cage d'acier de Max Weber ? Bien qu'il n'ait jamais clairement spécifié si celle-ci comportait quelques ouvertures.

Dans cet éternel retour de boucle glaciale, impossible de mettre son nez dehors c'est la mort immédiate, certaine.

Que faire alors ? Si la quête de l'avant est vaine que reste-t-il comme solution ? Peut-on avoir une initiative ?

Une « voie » pour de la sortie ?

Pendant leur traversé du train et les différents affrontements avec des hordes lourdement armées au service de l'avant, le héros du film et ses complices font la connaissance d'un personnage ne parlant pas la même langue que la leur. Drogué à une substance tout aussi étrange qu'il est étranger, il est l'un de ceux qui a compris que peut-être, dehors le froid n'est pas si neptunien. Mais contrairement aux autres, il ne pense pas que la sortie se trouve devant, tout droit ou dans le contrôle d'un train qui finalement se trouve être sans véritable pilote, sinon un superviseur qui se charge d'alimenter la « bête » à vapeur.

Ce personnage aussi lucide que suicidaire n'entrevoit pas de « sortie » à proprement parler sinon de faire exploser la porte avant du train au risque de le faire dérailler, et que tous périssent. On ne peut dénier à ce personnage d'entrevoir un peu cet espoir nihiliste pour les autres. À quoi bon continuer à bord ? Et pour quel monde clos ? Fût-il finalement à demi respirable.

Peut-on faire un parallèle politico-philosophique sur cette « sortie » dans le film, même si elle est un peu plus « suicidaire » dans la démarche et plus heureuse au final, avec ce que nous propose l'idéologie de la Décroissance, du pas de côté [4] de la « sortie de l'économie » ou du capitalisme ?

S'il s'agit de regarder « dehors », et d’interpréter les signes du/des possible(s) en dehors du train / capital qui fonce, et de rechercher la voie possible de cette « sortie », c'est qu'il faut comprendre alors qu'il y a là un « dehors » qui d'une certaine manière ne serait pas impacté par le « dedans », ou que le dedans ne serait pas lié au dehors.

C'est bien la notion de « sortie » qui pose un problème. Ce dehors, cette sortie n'est pas sans avoir de relation avec ce qui nous semble être un Au-delà. Une sorte d'arrière-monde.

Que cette option soit une sorte de « religion » qui permette à des individus de faire communautés nous semble assez simple. Elle est l'opium ou de cette étrange drogue qui permet d'imaginer peut-être.

Mais que nie-t-elle en dernière instance ? Une forme d'objectivité du capitalisme peut-être. Comme totalité concrète (un tout) qui va jusqu'à générer les notions de « dehors » et de « dedans » de « l'entrée » et de « sortie ». Il s’agit plus exactement d’un anti-monisme ou d’une conception dualiste du réel.

La « sortie » est-elle alors une nouvelle porte d'un paradis sur terre ?

La possibilité de la « sortie » dans ces circonstances, mobilise plutôt un « travail » sur les représentations qu'il faudrait déconstruire.

Le capitalisme n'est-il qu'une représentation ? C'est ce que sous-tend la notion de « sortie ».

À moins que cette démarche cognitive ne soit qu'un nouvel avatar d'un subjectivisme plutôt paradoxal, notamment pour certains courants qui se réclament de la « sortie », car ils entretiennent pour s’en convaincre une sorte de marotte performative et théorique par une forme de gnose des écritures marxiennes ou proudhoniennes en y cherchant les signes d'une parousie légitimant la « sortie », et qui peut très bien se transformer finalement et voilà le retournement en « retrait ».

Ne « sort-on » d'un endroit que par un acte de volonté ? Ne nous arrive-t-il pas quelquefois d'en être même éjecté ? Pour être mis « en dehors » et de quoi finalement ?

Comme si le « dehors » n'était pas lié au dedans. Est-ce à dire que l'on en vient à nier la réalité objective ?

Que nous dit la notion de « sortie du capitalisme » de ceux qui l'utilisent ? Au-delà du fait que pour eux un autre monde est possible à côté de celui que nous vivons, où qu'une voie d'accès (issue de ces rails) à un monde est possible par une forme de retrait [5].

Que des îlots, des communautés tranquilles et joyeuses et où il fera bon rentrer en enjambant les cadavres sont possibles, souhaitables ?



Il s'agit bien d'une forme de négation ou « d'oubli » du réel existant. S'il s'agit d'éviter le monde (on y reviendra) c'est qu'il s'agit finalement à notre avis d'éviter un type d'affrontement. [6]

Peut-être est-ce d'une étude psychosociologique dont on aurait besoin également ici pour démontrer plus longuement la forme de confort idéologique qu'entretient cette dénégation dont il est question dans ce type de parti pris.

Mais politiquement c'est finalement la conflictualité et la perspective des classes et de leurs affrontements qui sont niées voire même combattues au profit d'un séparatisme radical et inter-classiste. La négation des classes est bien la matrice politique de cette démarche qui s'ornemente attributs hérités d'un prétendu marxisme hétérodoxe mais aussi d'un néo-anarchisme, dont l'ontologie pessimiste s'inspire de doctrines antiprogressistes [7] et élitaires de par leur fascination pour l'esthétique de la theôría contre la praxis de la classe en lutte. La lutte des classes y est vue comme fantasme, et est systématiquement refoulée du corpus de ce marxisme indéterministe. Il en va de même de l'histoire de l'anarchisme « ouvrier » qui est littéralement passée à la trappe au profit d'une conception radicalement idéaliste, celui la « servitude » qui ne serait que « volontaire ».[8]

Mais que faut-il vivre pour en arriver à nier la polarisation posée par l'exploitation [9] et donc ses conséquences, c'est-à-dire les luttes ?

L'histoire du réformisme radical est trop long pour que nous en fassions sa fastidieuse et fatigante chronologie. Quant à sa généalogie, elle doit d'abord questionner le luxe des positions de classe de ses contempteurs, sectateurs, pour aboutir à un constat plutôt banal en ce qui concerne l'option politique :

Elle peut se qualifier « d'alternativisme » et n'est pas bien nouvelle, car il a toujours été question d'une certainement manière d’aménager à la marge le capitalisme. Il s'agit bien souvent mais pas que, des pourfendeurs du « libéralisme » qui s’accommodent du « bon côté » du marché, trop souvent pour la défense d'intérêts de classe. Quand ils ne vont pas jusqu'à penser comme certains Décroissants, qu'il suffit de nier la loi de la valeur pour qu'elle n'existe pas, ou qu'il suffit d'en avoir une juste compréhension pour la faire disparaître, ou bien encore de construire un autre paradigme en attendant qu'elle ne s'effondre d'elle-même dans la prochaine crise des crises, vous savez la prochaine, celle qui permettra la grande « explication » des textes de Marx sur le fétichisme de la marchandise.

Ce que certains nomment Utopie concrète [10] n'est rien d'autre qu'un avatar du socialisme utopique, sans poésie, qui n'a même plus le charme de la nouveauté tant l'appel à l'imaginaire ou à l'érotisme, a épuisé le stock d'impératifs au renouvellement sensuel, pour virer à un pragmatisme névrotique.
      
« Pourquoi et comment sortir du capitalisme ? Quelles sont les alternatives d’ores et déjà présentes ? Peut-on, doit-on réinventer les socialismes par des réalisations concrètes ? Avec quels outils, quelles formes d’action, quelles institutions ? Telles sont les vastes questions, solidaires les unes des autres, auxquelles répond ce livre original et magistral, synthèse d’une enquête internationale et collective de plusieurs années sur les théories les plus actuelles de l’émancipation ainsi que sur de nombreux projets vivants de transformation radicale, ou plus graduelle, déjà observables dans les domaines sociaux, économiques et politiques. » [11]

L'émancipation se fait-elle en « sortant du capitalisme » ou en détruisant ce qui en fait sa matrice : la loi de la valeur. ? Quelle marge de manœuvre nous autorise sa dynamique ? Le socialisme « s'invente » -t-il ? n'est-il qu'invention ? Existe-t-il vraiment des projets « vivants » de transformation radicale ? Ne sont-ils pas condamnés aussi longtemps qu'ils s'inscrivent dans le cadre du « réel » marchand ? Ne reste-t-il pas dans ce genre d'inventaire qu'un triste appel au réformisme et au vieux débat, toujours hélas d'actualité entre réforme et révolution ? Et finalement cette injonction tyrannique du concret n'est-elle pas le dernier déguisement d'un nouvel arrière-monde ? Qui nous invite comme toujours à renoncer à la radicalité par l'épuisement ou le retrait, la fragmentation, et à ajourner la problématique Révolutionnaire ?

Dépassement et totalité.

Si certains veulent « sortir » du capitalisme et le proposent par le « dépassement », on se demande alors s'il s'agit de se véhiculer. On sait déjà qu'il s'agit de ne plus utiliser le train, de là à utiliser un vélo sans pédale ! Surtout si l'on doit l'entendre comme une course contre la montre ou un effondrement...

Le dépassement « marxien » des contradictions dialectiques n'a rien à voir avec le retrait politico- communautaire, ou il s'agit d'inventer son localisme et un entre-soi puritain, ou l'éthique devient morale, par L'Appel au retrait ou la « sortie » comme prescription « médicale ».

La « réalisation » de la philosophie chez Marx n'est pas une affaire de petits groupes en retrait, ou une affaire de « virus dans le système » ou d’exemplarité (même s’il bon d’être cohérent avec soi-même) mais d'une nécessité consciente de la majorité du prolétariat organisé.

Il ne s'agit pas de « rentrer en relation » avec le réel par un retour aux « sources » d'un communisme imaginaire et primitif ou s'inspirant des sociétés traditionnelles où la « terre » se voit parée de toutes les vertus « authentiques » du travail (manuel) réconcilié avec lui-même. Où il s'agirait d’exhumer sous le travail l'activité, et de jouer la carte de l'artisanat de proximité contre l'industrie. De nier l'historicité pour le mythe, un âge d'or, ou un retour aux « communaux » par exemple.

Le dépassement ne sera pas plus urbain. Il en finira avec le « dehors » et le « dedans ». Il n'y aura plus à « sortir » où à « rentrer » ou à faire rentrer. Il est la négation et la liquidation des « espaces séparés » et des catégories du monde marchand comme du prolétariat.

La compréhension, du fait qu'il n'y pas à « sortir de » ou à se « retirer vers », car la chose est impossible, nous impose de renouer alors avec la notion de totalité. Notre monde est total, il forme un tout indivisible. La chose s'affirme encore plus chaque jour, car il n'existe pas un lieu un espace qui ne soit annexé par la nécessité de vendre sa force de travail pour survivre, même s'il ne nous est pas interdit de lutter contre ce que certains peuvent définir comme son « esprit » et que nous définissons comme son ordre concret.

Notre propos n'est pas de dissuader un certain type d'initiatives, car enfin on a les illusions que l'on a envie, ou que l'on peut avoir selon son extraction sociale, son lieu de vie, son histoire.

Mais pour prendre l'assaut du ciel, il y a des fondamentaux comme le fait de comprendre la loi de la gravitation sous peine de se fracasser et de se ramasser éternellement sur le premier nid-de- poule alors qu'il s’agit au moins dans un premier temps de franchir ne serait-ce que la première colline du jardin bio-autogéré.[12]

Penser la « sortie », c'est se condamner à une sortie sans fin ; parce qu'il n'y pas de « sortie » puisqu'il n’y a pas d’Au-delà, même si l’on peut théoriquement concevoir un monde débarrassé de la nécessité d’être une marchandise, un esclave salarié ou de se faire auto-exploiter.

Si renouer avec l'esprit utopique reste une nécessité psychique peut-être n'y a-t-il rien de pire que les utopies dites « réalistes » qui se terminent bien souvent comme le lit de Procuste [13]. Il va sans dire qu'il y a même une forme de paradoxe à parler d'Utopies réalisables. C'est un peu comme si l'on se proposait de réaliser un fantasme. Or l'on sait ce qu'il en est de la réalisation de son fantasme.

Est-ce à dire que le « désir » du communisme est un fantasme ? C'est fort possible. Il en va de même de la « nécessité historique » d'une certaine manière, si cela est compris comme obligation. Car il n'y a rien d'inscrit, d’inéluctable dans la perspective communiste.

Elle ne pourra se nourrir du désespoir, de la peur ou d'une réconciliation, sinon d'une forme de raison. Et même si l’analyse objective du capital peut nous permettre de comprendre que tant que le capitalisme existera il y aura des résistances, des luttes, cela n'implique pas l’inscription obligatoire de l’optique communiste révolutionnaire à l'agenda du prolétariat organisé ou pas.

Notre démarche première consiste surtout à refuser les mythologies, l'esprit religieux pour nous permettre de retrouver le chemin de l'historique et de la conscience nécessaire qu'implique de vouloir transformer nos conditions d’existence.

Dans le calendrier du prolétaire lambda qui n'est pas fait que de jours fériés, et qui n'est pas payé à être un fonctionnaire de la révolution ou de vivre pour la « cause » aussi libertaire soit-elle, il reste tout à fait concevable d'entrevoir le « retrait ». Sous des formes qui peuvent paraître totalement dépolitisées au premier abord. Qu'il soit « volontaire », parce que lié à une fatigue du monde, cela est bien compréhensible, ou qu'il soit lié à l'atomisation dans nos sociétés contemporaines nous le comprenons véritablement. Du défaitisme au dégoût jusqu'à la désillusion quoi de plus normal ? Mais que celui-ci se fasse apologétique nous paraît alors d'une autre teneur, une autre démarche. Elle est quant à elle bien politique.

Que certains retraits soient imposés et non idéologiques, c'est peut-être l’objet qui nous intéresse le plus, car il nous touche le plus souvent parce qu’il est lié à une forme de précarité et de pauvreté. La “nécessité” n'est pas joyeuse, l'aigreur et la frustration y sont plutôt présentes. La vertu y est obligatoire et moins festive que les poses intellectualistes de pseudo-anachorètes.

Il existe un tas de nouveaux pères du désert en milieu radical qui pensent avoir inventé l'eau chaude en milieu thermal. Qu'ils s'arrosent sans fin de vieilles eaux théoriques, usées et tièdes au milieu des ruines pourraient ne pas nous poser de problèmes.

Mais que d'autres viennent recueillir sur les murs décrépis de l’obéissance, la triste condensation d'un nouvel avant-gardisme, c'est peut-être qu'il faut fuir impérativement ceux qui nous proposent encore et toujours la direction vers LA « sortie ».

À ce compte-là, il est certain que comme prolétaires nous lutterons toujours pour une forme de « retrait » et un certain éloge de la fuite de tous les univers néo-avant-gardistes, il en va de même de la toxicité des impératifs catégoriques.

Il est possible que cette affaire soit quantique, que l'aventure du combat de classe contre le capital n'ait pas de direction aussi tracée que cela, sinon celle que nous lui imprimerons collectivement. Ce qui est certain, c'est que tant que nous ne mènerons pas cette lutte totale, aucune ligne d'horizon ne se dégagera, et elle renverra systématiquement alors la perspective communiste au niveau du débat scolastique. Ce qui semble en arranger beaucoup puisque le métier de gourou, de prophète semble avoir un bel avenir.

Que nous ouvre comme perspectives Snowpiercer, le Transperceneige [14] ? Même si le film se termine sur une tonalité plutôt convenue et ouverte.

Qu'il ne sert à rien de prendre le contrôle de quelque chose qui ne peut être contrôlé. Car la logique est vampirique ou cannibale. Que la « sortie » ne se trouve pas devant, à l'avant ou au niveau d'une porte latérale.

L'espoir n'ouvre aucune porte de sortie de train. Il se révèle même aussi fort ambiguë, car que n'est-on pas prêt à faire pour gagner le « dehors » par la « sortie » ce nouvel Au-Delà. Se sacrifier et sacrifier les Autres peut-être ? Quant au désespoir quand il est lié à la catastrophe, à la chute, à l’effondrement, il ne donne accès qu'à des désillusions et à de fausses solutions fussent-elles collectives, quand elles ne proposent pas uniquement de se « révolutionner » intérieurement par la pensée magique.

Il n'y a que la vie et les rencontres, les échanges, qui nous permettent de rompre avec les notions de dehors et de dedans, d'espoir et de désespoir, d'optimisme et de pessimisme. Si le chemin n'est pas tout, il n'est pas rien. Les chemins explosent les frontières et décloisonnent. Mais faire d'un chemin le but, et faire passer une éthique pour une praxis révolutionnaire, c'est liquider la dimension historique du capital et des forces mobilisées par sa logique. Cela n'impose aucune obligation bien évidemment quant à l'activité des acteurs de la transformation ou du statu quo social. Mais l'auto-activité reste la base du combat pour la transformation du monde unitaire contre des mondes séparés, fétichisés, et qu'on nous vend comme impérativement divisés jusque dans ces utopies progressistes ou réactionnaires.

Vosstanie - Août 2017 (version modifiée le 15/09)
 

NOTES

[1] C'est à dire l'idéologie de la décroissance. Subir la simplicité forcée (Pastiche d'une parution)
[2] Voir aussi Train to Busan de Yeon Sang-ho.
[3] Entre l'avant et l'arrière, ou le haut et le bas selon son référentiel. On y verra aussi comment on achète la paix par la guerre grâce au chef de « l'arrière » ou simplement en se faisant acheter. Toutes les comparaisons avec les partis et les syndicats ou toutes les officines de la générosité organisée militairement sont bien sûr à faire. 
[4] Voir aussi ce sympathique film de Gébé, L'An 01. Que l'on doit critiquer et contextualiser pour éviter de faire balbutier l'histoire. 
[5] Des ordres religieux aux communautés anarchistes ou hippies, il n'y a pas grand-chose d'original. [6] Le pédagogisme évangélisateur reste une méthode très utilisée dans ces sphères. Il s'agit d'aller propager la « bonne nouvelle » jusqu'aux sociaux-démocrates et même les mouvements les plus conservateurs.
[7] Si nous avons une critique de la technique et à l’industrie nous n’en faisons pas le deus ex machina de la critique du capital car nous ne prenons pas la partie pour le tout. Pensée réifiée et commerce de la pensée s’articulent se nourrissent, elles sont désastreuses. Voir les dérives possibles de l’anti-progressisme qui vire par sa critique de la modernité à des visions réactionnaires du monde : Conversation sur les spécialistes radicaux des penseurs radicaux https://vosstanie.blogspot.fr/2014/02/conversation-sur-les-specialistes.html 
[8] Voir Claude Morilhat, Pouvoir, servitude et idéologie, Le temps des cerises, 2013.
[9] Tout en cherchant bizarrement un panel « d'oppressions » toutes plus ou moins spécifiques à articuler
[10] Voir par exemple l'ouvrage : Erik Olin WRIGHT Utopies réelles, La Découverte, 2017. Un paroxysme dans le genre de catalogue. Mais aussi Utopies réalistes de Rutger Bregman Seuil 2017.
[13] Voir Diodore de Sicile, La bibliothèque historique.
[14] Voir aussi notre émission : Séries, cinéma, idéologies et luttes des classes Autour du cinéma populaire, des blockbusters, des séries et du cinéma dit militant et politique. https://vosstanie.blogspot.fr/2014/12/emission-de-la-web-radio-vosstanie-du.html