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= = = = = > Le 1er Août 2017 à 21h - Le prochain son de Radio Vosstanie: Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ?

mardi 18 juillet 2017

Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ? (Le prochain son de Radio Vosstanie ! )

Prochain son de Radio Vosstanie

Le 1 août 2017 à 21h.

Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ?
(O que é Autonomia Operária)


Nous proposons un son (version audio de la brochure) avant la publication au format pdf/papier*. Suivra également une émission dont l'objet sera un commentaire critique du texte de Lúcia Bruno.

Si sur certains aspects le propos doit être critiqué car il semble même dépassé, il reste riche en débats et questionnement. Il repose quelques fondamentaux concernant cette utilisation abusive du mot Autonomie.


* Traduction (Vosstanie) du portugais du brésil de : O que é Autonomia Operária - Lúcia Bruno. Editora Brasiliense - 1986 . 91p.


Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ?
-
L'Autonomie ouvrière: Une pratique de classe
La lutte Autonome
Les institutions Autonomes
La dynamique du processus
Luttes revendicatives et révolution
La transformation des relations sociales dans la lutte en de nouvelles relations sociales de production.
Autogestion ouvrière et marché capitaliste.
La légalisation de la lutte
Autogestion et technologie.
Autonomie ouvrière et partis politiques
Autonomie ouvrière et syndicats
Autonomie et socialisme


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- Note -

Pelegas : Vient de “Pelego” : Le terme a été popularisé dans les années 1930 au Brésil . Dirigeant syndical - corporatiste proche du gouvernement Getúlio Vargas - est passé dans le langage courant comme traître et allié du gouvernement et des patrons .


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 L'introduction et la première partie.
 Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ?

Vosstanie


lundi 10 juillet 2017

La société communiste se passera-t-elle d'ascenseurs et de motocyclettes ?

La société communiste se passera-t-elle d'ascenseurs et de motocyclettes ?

A PROPOS DE A FABRICA DE NADA de PEDRO PINHO
(L’USINE DE RIEN) - 2017




Faire part de quelques impressions sur un objet cinématographique de 177 minutes n’est pas une tâche aisée. S’il s’agit de le faire, c’est que d’une certaine manière nous ne sommes pas restés insensibles. Même si les commentaires ne sont pas forcément que positifs. Pour autant l’objet touche son objectif à savoir interroger, se questionner jusqu’au point de se faire critique de la critique du point de vue ou des idées exprimées.

D’une certaine manière une forme de comparaison s’impose presque avec un autre film, celui de Miguel Gomes (2015) - Les Mille et Une Nuits (As Mil e Uma Noites) sur fond de cette fameuse “crise”, de poésie, de bouffonnerie nihiliste et dépressive, d’interviews d’anonymes face caméra, ou les déroulements de vies nous indiquent que derrière cette inexorable désagrégation se trouve des individus brisés par le capitalisme.

La similitude, de certains procédés entre les deux films (On pense au 1er film de la trilogie de M.Gomes L'Inquiet ( O Inquieto ) questionne donc bien au-delà de l’esthétique. Car une forme du réel s’invite donc dans la fiction. Alors que la tonalité du moment serait plutôt à ce que la fiction s’invite dans un pseudo réel.

Le film, vendu par son distributeur pendant cette première diffusion aux Forum des Images à Paris le 10 juin 2017, comme une sorte de produit quasi total ou s'entrecroiserait comédie musicale (pour les fans de La La Land ?) documentaire, film d’auteur, voir politique ou “engagé” nous a laissé perplexe pour différentes raisons qui sont principalement politiques, de par son parti-pris esthétique.

La question s’était déjà posée d’une certainement manière pour le film de M. Gomes dont le discours politique ne décollait pas de l’arrière-train social-démocrate - type Bloco de Esquerda, et lui permettait de broder une métaphore aussi grosse que viriliste sur l'absence de “couilles” des politiques pour réguler le folklore local et l’économie.

Nous ne cachons pas d’être allés voir le film de Pedro Pinho pour une raison qui a la fois relevait de notre intérêt sur la situation du Portugal contemporain mais aussi parce que la bande annonce déclarait de manière assez ouverte que ce film se plaçait sous le signe d’une démarche plutôt en rupture avec celle de M.GOMES plus particulièrement sous l’angle de la critique de la valeur. (Voir la bande annonce)

Mais son argument principal est à notre avis possiblement devenu son point de faiblesse voir même un sorte de cache misère, un mauvais alibi intello d’un cinéma d’auteur épuisé.

Qui lui permet d’ailleurs de ne pas interroger la “politique” c’est à dire les politiciens comme l’escroquerie / racket du Bloco par exemple, ou même l’intervention consciente de classe.

Notre première impression en sortant de la salle aura été de se demander ce qu’il s’était passé depuis Ossos de Pedro Costa, sorti en (1997) ? ou de Os Mutantes (1998) de Teresa Villaverde voire même depuis la mort de João César Monteiro.

Que peut bien nous apprendre ce type de production qui se présente comme collective ? Est-ce le signe de la décomposition ou de transformation d’un pays ?

A notre avis ce que nous avons pu noter est surtout marqué par une forme d'extériorité qui frise d’ailleurs, pendant une certaine scène qui se veut “conviviale” le tragi-comique. (Voir plus loin)

Pour ce qui est des thématiques ou pourra dire que tout est effleuré mais que l’on reste trop longuement (à notre goût)  au niveau de l’écume. Du “plan social” à la critique du travail et de son sens, d’Avril 74 et de ses illusions, de l’anomie sociale jusqu’au nihilisme consubstantiel au capitalisme.

On s’interroge quelque peu sur cette désindustrialisation filmée explicitement et comme ligne de force du film qui ne date pas vraiment de ces dernières années. En effet la crise du textile et de la chaussure a des racines bien plus anciennes par exemple. Mais finalement ce propos même s’il a peu d’importance n’a presque plus d'intérêt puisqu’il vient alimenter la problématique de fond, celle de la “crise” du travail, de la valorisation, et de l'obsolescence de l’homme comme “capital variable”.

Le temps du A cantiga é uma arma (1) est fort loin on le constatera et on ne s’en désespère pas. Pas pour la pugnacité et la rage des chansons. Mais pour l’état d’esprit que cela accompagnait, c’est à dire un certain dogmatisme aboyeur, matrice des autoritarismes, et qui ne se revendiquait pas forcément des théories de l’Avant-garde en politique.

C’est pourquoi on accordera facilement à ce film une forme de tonalité apaisée qui ne consiste pas à asséner mais à mettre en regard des problématiques avec une certaine honnêteté même si l’on entend bien le parti pris, évidement, qui est celui de la critique de la valeur. Cette dernière étant écartelée entre un radical-mécanisme théorique mâtinée de psychanalysme et par cette vieille critique moralisante du consumérisme modernisée sous la religion de la décroissance. Qui n’a pu déboucher ces dernières années que sur une forme de militance pédago-alternativiste "critique", aux velléités crypto-intersectionnelles.

De La scène à la Cène

C’est autour de ce vieux débat sur l’autogestion qu’a lieu une scène d’un vrai ? repas qui suscite chez nous donc un vrai problème d’ordre esthétique et qui n’est rien de moins qu’éminemment politique.

En effet au milieu du film (?) a donc lieu un repas, policé entre individus manifestement “éduqués” pouvant discuter sans cris, un verre de vin à la main et sans ce regard vide que l’on connait tous après une journée de labeur. Ils échangent tranquillement des propos sur ce que peut et doit faire la classe ouvrière. L’autogestion...ou pas ? Limites et possibilités. Ceci sans ce fameux problème de la barrière de la de langue que tous comprennent par on ne sait quelle “magie”.... L’internationalisme de salon à ses secrets…la réalisation aussi.

On y aperçoit le pape du rien-de-nouveau-sous-le-soleil-critique-de-la-valeur, filmé en gros plan de profil (pour éviter le côté énième conférence probablement) avec d’autres, dont un pseudo inconnu argentin ? de son état et protagoniste du film, et dont le rôle étrange, si extérieur pourrait donner lieu à de nombreux commentaires. Se joint à cette table d’autres inconnus dont une qui l’est moins peut-être pour des familiers du pays et qui n’est autre qu’Isabel do Carmo ancienne dirigeante du PRP ( Partido Revolucionário do Proletariado ) formation d’inspiration guevariste, active un peu avant pendant et après la dite “révolution des œillets”. Senhora Doutora, Isabel Do Carmo reconvertie depuis 20 ans dans la publication de très nombreux d’ouvrages à destination des personnes en surcharge pondérale.

C’est autour de ces personnages “extérieurs” de par leurs statuts finalement si étrangers à celui de la condition ouvrière, qu’a lieu une discussion où une forme de débat aussi dérangeant qu’aliéné, sur les limites et possibilités de l’autogestion. Celui-ci a d’ailleurs toujours été longuement discuté dans le mouvement révolutionnaire même s’il fut minoritaire. Mais cette séquence vient à notre avis souligner le fossé entre la théorie et la pratique. D’un côté les “théoriciens”, pour certains ayant fricoté problématiquement avec l’avant-gardisme, des pédagogues de la radicalité critique, séminarisant professionnellement ou pas, ici et là et même Debout, de l’autre les prolétaires dont la mise en lumière oscille entre accablement et misérabilisme, bouffonnades et interrogations.

Un monde si “extérieur” ou l’on frise très clairement le moralisme (dans cette scène) et le sous-baudrillard(isme), ou les ouvriers sont encore accusés de ne vouloir que “consommer” ! on se demande toujours avec quel non-salaire… Voilà les prolétaires sans idées, pratiques, combats propres, dont les perspectives finalement ne seraient que “pragmatiques”, le prolétaire ne penserait qu’avec son bide.

A la suite est égrené le chapelet de thématiques propre au courant de la valeur, débat sur le capital fictif, crise du travail, collapsus du capitalisme, ou la vieille thèse catastrophiste de l’effondrement, c’est à dire toute la panoplie plutôt anxiogène, avec une lucide et juste critique de l’autogestion certes, mais pour finalement nous inviter à la gestion des “jardins communs” (sic) ! Autant dire ici que la proposition peut paraitre presque survivaliste.

Toujours est -il que le projet n’en reste pas moins interclassiste et romantique et il permet d’évacuer bien des débats. Surtout celui de l’affrontement de classe. Notamment grâce à quelques pirouettes mécanistes ou l'immanence du capital donne la possibilité d’évacuer les individus (et individualités) et les groupes qui n’existent plus vraiment ! et bien sûr cela est dit très doctement et tranquillement et quasi explicitement d’un point de vue qui est celui d’une certaine hauteur sans mépris mais avec tellement de distance...

On attendra donc tous les convaincus par la démonstration, dans l’arrière-pays de la région du Minho ou sont disponibles les forêts et les terres en friches, mais aussi de vieilles maisons de paysans à retaper. A moins que le feu ne s'en occupe...

Le pragmatisme pro-autogestion s’il n’est bien sûr absolument pas satisfaisant pose malgré lui quelques questions à notre avis fondamentales. Pour le cas du film, ou il s’agit d'auto-gérer une usine de fabrication d'ascenseurs, il va de soi que la concurrence, le marché se chargera toujours de régler le débat en dernière instance, aussi utopique et même pratique-réaliste soit la démarche. En revanche elle pose une vraie question et fort sérieuse à notre avis : la société communiste, libertaire - se passera-t-elle d'ascenseurs ? Question qui n'est point travaillée dans le film et les débats. Cette usine ne fabrique-t-elle vraiment rien d’utile ? est-elle vraiment “l’usine de rien” ? L’ascenseur est-il bourgeois ou capitaliste ?

Si le débat sur l’autogestion reste encore accessible on se demande quand même ce que le spectateur moyen peut bien comprendre sur celui de la critique de la valeur, ou il faut le dire, A.Jappe reste inaudible voir même incompréhensible. Les thèses en voix off qui parsèment le film n’ajoutent qu’une forme d’intellectualité plutôt factice comme un mauvais collage, dont le film pouvait clairement se passer. Mais il en perdrait alors sa particularité marchande jusqu’au point de se noyer dans le magma du cinéma pour dépressifs qu’il n’est pas interdit d'apprécier à très petite dose.

Si la fin du film se termine sur une tonalité d’espoir, et qu’elle ressemble à une forme de “choix”, elle n’est pourtant pas sans ambiguïtés.

Le personnage qui se veut central se trouve être comme “convaincu” par cet individu argentin venu d’on ne sait ou pour tisser des relations inter-autogestionnaires dans un monde de marché, ceci comme une aventure possible. Cette extériorité n’est pas sans poser quelques interrogations. On laissera ceux qui verront le film y réfléchir pour se questionner sur son rôle mais aussi sur son “projet”.

Mais ce n’est pas la seule ambiguïté dans cette toute fin de film. Alors qu’il acte pour continuer “l’aventure”, peut-être la seule alternative finalement avec celle de quitter le pays, (entre 2011 et 2013, 300.000 portugais sont allés chercher leur “salut” à l'étranger. (2)) notre protagoniste principal qui roule à moto fait le choix de laisser celle-ci bord de la route. Est-ce par conviction ? (serait-elle en panne ?) Ceci pour rejoindre l'arrêt de bus et faire le choix du commun transport avec d’autres prolétaires.

Mais ce geste, s’il se révèle à nos yeux comme écolo-décroissant, par on ne sait qu’elle illumination, ferait presque écho à une imprégnation du discours sur l'austérité. Il serait son versant intégré et puritain. Puritanisme qui traverse tous les projets d’émancipation en crise parce que dévitalisés de perspectives. C’est bien le risque quand la morale (ou de l’éthique que l’on tente d’universalisée) s’invite dans le champ du politique, et qu’elle se substitue à la pratique collective de classe ou que la transformation radicale du monde devient une histoire de comportement personnel.

Le chemin n’est pas l’horizon sauf à considérer qu’être ensemble serait suffisant. Suffisant pourquoi faire au juste ? Le mythe du commun ou de la communauté comme possible qui viendrait résoudre toute une série d’interrogations est une approche trop mystique (3). Cette forme de parade contre l’Avoir par l'Être-ensemble, côtoie trop à notre goût une forme de cette morale des liens qui libèrent et qui se change trop vite quand elle devient une thèse, en oppression du collectif. C’est la seule que puisse nous proposer les apôtres de la simplicité volontaire (forcée pour les autres) de salle à manger, et qui fantasment la communauté des bonnes volontés par leurs isolements et leur mode de vie individualiste, réellement vécu et probablement coupable.

La société communiste pourrait bien nous permettre de rouler seuls en motocyclettes ...et si cela l’était pas le cas en vaudrait-elle seulement la peine ? Le communisme ne sera pas la fausse abondance capitaliste c’est certain, pas plus la pénurie joyeuse, mais encore moins un cours de botanique autogéré dans les jardins obligatoirement communs.

Au-delà d’un fantasme d’urbains, il serait intéressant d’interroger d’une manière plus générale pourquoi l’idéologie “ambientaliste” raisonne de cette manière dans ce pays ? Qu’annonce-t-elle ? que dit-elle ?

Malgré lui ce film qui se veut “collectif” reproduit ce qui devait être politiquement critiqué. Critiqué puisqu’il s’annonçait “critique”.

Rien sur la critique de la séparation au sens large. Séparation entre “intellectuels” et “ouvriers”, séparés par cette scène du repas (qui coupe le film en deux) jusqu’au point d’y retrouver une vieille figure de l’avant-gardisme portugais des années 70. - Il en va de même du questionnement sur la séparation d’avec les moyens de production. Cette catégorie devait également être mise en débat au risque de reproduire ce que l’on combat ou dénonce.

C’est aussi le regard du réalisateur ( de ceux qui ont participé à cette œuvre, mais pas forcement...)  qui doit aussi être questionné peut-être comme inconscient de classe, tempérament de groupie, peut-être même comme une forme de fascination théoriciste "critique".

La montagne a-t-elle encore accouchée d’une souris ? c’est bien possible.


Notes.

(Version du texte révisée le 29/6/2017)


Peut-être que le problème touche à cette manière de faire rentrer la critique de l'économie politique dans la création artistique ....

(1) A Cantiga é Uma Arma (1975) Interpretação: Grupo de Ação Cultural (GAC) – Vozes na Luta Letra: José Mário Branco

(2) http://www.lexpress.fr/actualites/1/actualite/en-depit-de-la-reprise-l-exode-des-jeunes-portugais-continue_1555581.html

(3) Par extension voir aussi l'étymologie du mot religion (religio)


Voir aussi


vendredi 7 juillet 2017

Négatif Bulletin irrégulier – juillet 2017 – n° 24

Négatif
Bulletin irrégulier – juillet 2017 – n° 24
 
https://www.mediafire.com/download/c3nyuzilziyhmvo 
Sommaire du bulletin.

- Le postmodernisme ne casse pas des briques.
- À la recherche des mots perdus 1- Communisme.
- In memoriam : Carlos Da Fonseca.


 Pour toute correspondance écrire à
Négatif c/o Échanges BP 241
75866 Paris CEDEX 18

mercredi 7 juin 2017

Que fut l'autonomie ouvrière ? par Miguel Amoros (2005)

Que fut l'autonomie ouvrière ?
Miguel Amoros 
(2005)


Note Vosstanie : Nous publions un texte en vu de notre émission sur l'Autonomie Ouvrière (pour juillet 2017 ? ). On y trouvera une réflexion importante même si nous ne partageons pas toutes les analyses et perspectives comme par exemple ce propos "Le mouvement ouvrier s’est volatilisé" ah bon ? On partage bien su-r toutes les critiques concernant l"autonomie" retardataire et spectaculaire liée à la décomposition du bolchevisme ...Ce texte nous permettra donc d'alimenter notre son.


Le mot « autonomie » a été lié à la cause du prolétariat dès ses premières interventions comme classe. Dans le Manifeste communiste, Marx définissait le mouvement ouvrier comme « le mouvement autonome de l’immense majorité dans l’intérêt de l’immense majorité ». Plus tard, mais en se basant sur l’expérience de 1848, dans De la capacité politique de la classe ouvrière (1865), Proudhon affirmait que pour que la classe ouvrière agisse d’une manière spécifique, il fallait qu’elle remplisse les trois exigences de l’autonomie : qu’elle ait conscience d’elle-même, que par conséquent elle affirme « son idée », c’est-à-dire, qu’elle connaisse « la loi de son être », qu’elle sache « [la] traduire par la parole, [l’]expliquer par la raison », et qu’elle tire de cette idée des conclusions pratiques. Aussi bien Marx que Proudhon avaient été témoins de l’influence de la bourgeoisie radicale dans les rangs ouvriers et essayaient de faire en sorte que le prolétariat se sépare d’elle politiquement. L’autonomie ouvrière fut exprimée définitivement dans la formule de la Première Internationale : « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ».

Dans l’étape qui suit l’insurrection de la Commune de Paris et dans la double polémique entre légalistes et clandestins, collectivistes et communistes, qui divisait le mouvement anarchiste, la question de l’autonomie dérivait vers le problème de l’organisation. Dans des conditions de recul révolutionnaire et de répression croissante, la publication anarchiste de Séville L’Autonomie défendait en 1883 l’indépendance absolue des Fédérations locales et leur organisation secrète. Les communistes libertaires élevaient au rang de principe la négation de l’organisation de masses. Les collectivistes catalans écrivaient dans la Revue Sociale que « les communistes anarchiques n’acceptent que l’organisation de groupes et n’ont pas de sections organisées par métiers, de fédérations locales ou régionales […] La constitution de groupes isolés, aussi complètement autonomes que leurs individus, qui souvent, n’étant pas d’accord avec l’opinion de la majorité, quittent un groupe pour en constituer un autre… » (n°12, 1885, Sants). Le concept d’autonomie se déplaçait vers l’organisation révolutionnaire.

En 1890, il existait à Londres un groupe anarchiste d’exilés allemands dont l’organe d’expression L’Autonomie soulignait effectivement la liberté individuelle et l’indépendance des groupes. Face au réformisme de la politique socialiste et à l’aventurisme de la propagande par le fait qui caractérisa une période concrète de l’anarchisme, la question de l’autonomie ouvrière, c’est-à-dire, du mouvement indépendant des travailleurs, se posa à nouveau. C’est ainsi que surgit le syndicalisme révolutionnaire, théorie qui défendait l’auto-organisation ouvrière à travers les syndicats, libres de toute tutelle idéologique ou politique. Moyennant la tactique de la grève générale, les syndicats révolutionnaires aspiraient à être des organes insurrectionnels et d’émancipation sociale.

D’un autre coté, les révolutions russes et allemandes érigèrent un système d’autogouvernement ouvrier, les conseils d’ouvriers et de soldats. Aussi bien les syndicats que les conseils étaient des organismes unitaires de classe, mais les premiers étaient plus appropriés à la défense et les seconds à l’attaque, quoique les uns et les autres exercèrent les deux fonctions. Tous deux connurent leurs limites historiques et tous deux succombèrent à la bureaucratisation et à la récupération. La question de l’autonomie toucha aussi les modes d’expropriation de la bourgeoisie dans la période révolutionnaire. En 1920, le marxiste conseilliste Karl Korsch désignait l’« autonomie industrielle » comme une forme supérieure de socialisation qui correspondrait plus ou moins à la « collectivisation » anarcho-syndicaliste et à ce qu’on appela l’« autogestion » dans les années soixante.

La pensée bourgeoise, elle aussi, eut recours au concept. Kant parlait d’autonomie se référant à l’individu conscient. L’« Autonome » était le bourgeois idéalisé, comme l’est aujourd’hui l’homme de Castoriadis. Cet idéologue gélatineux appelle « autonome » (comme les dictionnaires) le citoyen responsable d’une société capable de se doter de ses propres lois. En outre, les mots « autonomie » ou « autonome » peuvent sortir de la bouche d’un citoyenniste ou d’un nationaliste, peuvent être prononcés par un universitaire negriste ou par un squatteur… Ils définissent donc des réalités différentes et correspondent à des concepts distincts. Les Comandos Autónomos Anticapitalistas se dénommèrent ainsi en 1976 pour souligner leur caractère non hiérarchique et leurs distances d’avec ETA, mais dans d’autres milieux, « autonome » est celui qui refuse de s’appeler anarchiste pour éviter le réductionnisme qu’implique cette étiquette, et « autonome » est encore l’enthousiaste Hakim Bey ou l’adhérent à une mode italienne dont il existe des versions différentes et très changeantes, dont la pire de toutes fut inventée par le professeur Negri en 1977 quand il était léniniste créatif… Cependant, l’autonomie ouvrière a une signification non équivoque qui se manifeste durant une période concrète de l’histoire : elle apparaît comme telle dans la péninsule ibérique au début des années soixante en tant que conclusion fondamentale de la lutte des classes de la décade antérieure.

Les années préautonomiques

Ce n’est pas par hasard que les ouvriers, quand ils commençaient à radicaliser leur mouvement, revendiquaient leur « autonomie », c’est-à-dire, l’indépendance par rapport à des représentations extérieures, qu’il s’agisse de la bureaucratie verticale de l’Etat, des partis d’opposition ou des groupes syndicaux clandestins. En effet, pour eux c’est de ça qu’il était question : d’agir ensemble, de s’occuper directement de leurs affaires selon leurs propres normes, de prendre leurs propres décisions et de définir leur stratégie et leur tactique de lutte : en somme, de se constituer comme classe révolutionnaire. Le mouvement ouvrier moderne, c’est-à-dire, celui qui est apparu après la Guerre Civile, commença dans les années soixante, une fois épuisé celui que représentaient les centrales CNT et UGT. Il fut formé majoritairement par des ouvriers d’extraction paysanne, émigrés en ville et logés dans des quartiers périphériques d’« habitations à bon marché », HLM et bidonvilles.

À partir de 1958, début du premier Plan de développement franquiste, l’industrie et les services connurent une forte expansion qui se traduisit par une offre d’emploi généralisée. Les zones rurales se dépeuplèrent et l’agriculture traditionnelle disparut ; dans les centres urbains, des quartiers ouvriers modernes apparurent. Les conditions d’exploitation de la population ouvrière d’alors – bas salaires, horaires prolongés, mauvais logements, lieux de travail éloignés, infrastructures déficientes, analphabétisme, habitudes de servitude – faisaient d’elle une classe abandonnée et marginale qui put néanmoins faire son chemin et défendre bec et ongles sa dignité.

La protestation se faufila dans les églises et dans les brèches du Syndicat vertical qui se révélèrent bientôt étroites et sans issues. À Madrid, à Vizcaya, en Asturies, à Barcelone et ailleurs, les ouvriers accompagnés de leurs représentants élus conformément à la loi sur les jurés, commencèrent à se réunir en assemblées pour traiter des questions du travail, établissant un réseau informel de contacts qui fut à l’origine des premières « Commissions Ouvrières ». Ces commissions se mouvaient dans le cadre de la légalité, quoique, étant donné ses limites, elles le débordaient fréquemment ou l’enfreignaient si nécessaire. La structure informelle des Commissions Ouvrières, leur autolimitation revendicative et leur couverture catholico-verticale, durant une époque intensément répressive, furent efficaces dans un premier temps ; à l’ombre de la loi des conventions collectives, les Commissions menèrent à bien d’importantes grèves, qui générèrent une nouvelle conscience de classe. À mesure que cette conscience gagnait en solidité, la lutte ouvrière était envisagée non plus seulement contre le patron, mais contre le Capital et l’État incarné par la dictature de Franco. L’objectif final de la lutte n’était autre que le « socialisme », à savoir, l’appropriation des moyens de production par les travailleurs eux-mêmes. Après Mai 68, on commença à parler d’« autogestion ». Les Commissions Ouvrières devaient assumer cet objectif et radicaliser leurs méthodes en s’ouvrant à tous les travailleurs. Le régime franquiste se rendit bientôt compte du danger et les réprima ; les partis comptant des militants ouvriers – le PCE et le FLP (1) – démontrèrent bientôt leur utilité d’instrument politique et les récupérèrent.

L’unique possibilité de syndicalisme était celle offerte par le régime, c’est pourquoi le PCE et ses alliés catholiques profitèrent de l’occasion en construisant un syndicat à l’intérieur d’un autre, officiel. La montée de l’influence du PCE à partir de 1968 établit le réformisme et conjura la radicalisation des Commissions. Les conséquences auraient pu être graves si l’incrustation du PCE n’avait été relative : d’un coté la représentation ouvrière se séparait des assemblées et échappait au contrôle de la base. Le rôle principal revint exclusivement aux soi-disant leaders. D’un autre coté, le mouvement ouvrier s’en tenait à une pratique légaliste, évitant autant que possible le recours à la grève, employée uniquement comme démonstration de force des dirigeants. La lutte ouvrière perdait le caractère anticapitaliste qu’elle avait récemment acquis. Finalement, comme l’orientation du mouvement était sous la tutelle des communistes, la lutte se dépolitisait. Les objectifs politiques cessaient d’être ceux du « socialisme » pour devenir ceux de la démocratie bourgeoise. Le coup était clair ; les « Commissions Ouvrières » s’érigeaient en interlocuteurs uniques du patronat dans les négociations, au mépris des travailleurs. Ce prétendu dialogue syndical n’était que le reflet du dialogue politico-institutionnel recherché par le PCE. Le réformisme stalinien ne triompha pas mais provoqua la division du mouvement ouvrier, entraînant la fraction la plus modérée et portée à l’embourgeoisement ; cependant, la conscience de classe s’était développée suffisamment pour que les secteurs ouvriers les plus avancés défendent tout d’abord à l’intérieur, et ensuite à l’extérieur des Commissions, des tactiques plus appropriées, donnant lieu à des organisations de base plus combatives appelées selon les endroits « commissions autonomes d’usine », « plateformes de commissions », « comités ouvriers » ou « groupes ouvriers autonomes ». Pour la première fois le mot « autonome » apparaissait dans la région de Barcelone pour sou­ligner l’indépendance d’un groupe partisan de la démocratie directe des travailleurs face aux partis et à toute organisation avant-gardiste. En outre, les lacunes d’une loi ayant permis la création d’associations de riverains, la lutte se déplaça aux quartiers et entra dans la sphère de la vie quotidienne. De la même manière, dans les quartiers des faubourgs et les villages, l’alternative se posa entre rester dans le cadre institutionnel des associations ou organiser des comités de quartiers et aller à l’assemblée de quartier comme organe représentatif.

Le moment de l’autonomie

La résistance du régime franquiste à toute velléité réformiste fit que les grèves à partir de celle du secteur de la construction à Grenade, en 1969,furent toujours sauvages et dures, dans l’impossibilité de se dérouler dans la légalité où voulaient les maintenir les staliniens. Les ouvriers anticapitalistes comprenaient, qu’au lieu de s’entasser aux portes de la CNS (2) en attendant les résultats des démarches des représentants légaux, il fallait tenir des assemblées dans les usines mêmes, sur le chantier ou dans le quartier, et élire là leurs délégués, qui ne devaient pas être permanents, mais révocables à tout moment. Ne serait-ce que pour résister à la répression, un délégué devait durer entre deux assemblées, et un comité de grève, le temps d’une grève. L’assemblée était souveraine parce qu’elle représentait tous les travailleurs. La vieille tactique d’obliger le patron à négocier avec des délégués d’assemblées « illégaux », en étendant la lutte à toute la branche productive ou en transformant la grève en une grève générale grâce aux « piquets », c’est-à-dire, l’« action directe », faisait de plus en plus d’adeptes. Avec la solidarité, la conscience de classe progressait, tandis que les manifestations confirmaient ce progrès de plus en plus scandaleux. Les ouvriers n’avaient plus peur de la répression et l’affrontaient dans la rue. Chaque manifestation était non seulement une protestation contre le patronat, mais, prenant la forme d’une altération de l’ordre public, c’était une remise en cause politique de l’État, de son pouvoir et de son autorité. Maintenant, le prolétariat s’il voulait avancer, devait se séparer de tous ceux qui parlaient en son nom – qui avec l’apparition des groupes et partis à la gauche du PCE étaient légion – et cherchaient à le contrôler. Il devait « s’auto-organiser », à savoir, « conquérir son autonomie », comme on disait en Mai 68 et rejeter les prétentions dirigeantes que s’attribuaient le PCE et le reste des organisations léninistes. On commença alors à parler de l’« autonomie prolétaire », de « luttes autonomes », en entendant par là les luttes réalisées en marge des partis et syndicats, et celles de « groupes autonomes », des groupes de travailleurs révolutionnaires menant une activité pratique autonome au sein de la classe ouvrière dont l’objectif évident était de contribuer à sa « prise de conscience ». Mises à part les distances historiques et idéologiques, les groupes autonomes ne pouvaient que ressembler aux groupes d’« affinité » de l’ancienne FAI, celle d’avant 1937. Sauf que les « syndicats uniques » dans lesquels ceux-ci agissaient alors n’étaient ni possibles, ni désirables.

Au début des années soixante-dix, le processus d’industrialisation entrepris par les technocrates franquistes s’acheva avec pour résultat non désiré la cristallisation d’une nouvelle classe ouvrière de plus en plus convaincue de ses possibilités historiques et disposée à se battre. Sa peur du prolétariat poussait le régime franquiste à l’autoritarisme perpétuel contre lequel conspiraient même les nouvelles valeurs bourgeoises et religieuses. La mort du dictateur relâcha la répression juste assez pour que se déclenche un processus imparable de grèves dans tout le pays. Le réformisme syndical stalinien fut complètement débordé. Les assemblées tenues continuellement dans le but de résoudre les problèmes réels des travailleurs dans l’entreprise, le quartier et même chez eux en accord avec leurs intérêts de classe les plus élémentaires, n’avaient devant elles aucun appareil bureaucratique qui les freine. Les délégués de Commissions et les responsables communistes n’étaient tolérés que dans la mesure où ils ne gênaient pas, se voyant obligés à fomenter les assemblées s’ils voulaient exercer le moindre contrôle. Les masses travailleuses commençaient à être conscientes de leur rôle de sujet principal dans le déroulement des événements et rejetaient une réglementation politico-syndicale des problèmes qui concernaient leur vie réelle. En 1976, les idées d’auto-organisation, d’autogestion généralisée et de révolution sociale pouvaient facilement revêtir une expression de masses immédiate. Aussi, les voies qui conduisaient à celles-ci restaient ouvertes. La dynamique sociale des assemblées poussait les ouvriers à prendre en main toutes les affaires qui les concernaient, en commençant par celle de l’autonomie. De nombreux conseils d’usines se constituèrent, connectés aux quartiers. Ce mode d’action autonome qui poussait les masses à sortir du milieu du travail et à fouler des terres qui paraissaient jusqu’alors étrangères dût causer une véritable panique dans la classe dominante, étant donné qu’elle mitrailla les ouvriers à Vitoria, liquida le processus de réforme continuiste du franquisme, supprima le syndicat vertical avec les Commissions à l’intérieur et légalisa les partis et syndicats. Le Pacte de La Moncloa de tous les partis et syndicats fut un pacte contre les assemblées. Nous ne nous attarderons pas à narrer les péripéties du mouvement assembléiste, ni à compter le nombre d’ouvriers tombés ; il suffit d’affirmer que le mouvement fut vaincu en 1978 après trois années d’âpres combats. Le statut des travailleurs promulgué par le nouveau régime « démocratique » en 1980 condamna légalement les assemblées. Les élections syndicales fournirent un contingent de professionnels de la représentation qui avec l’aide d’assembléistes accommodants se saisirent de la direction des luttes. Cela ne veut pas dire que les assemblées disparurent, ce qui disparut réellement ce fut leur indépendance et leur capacité défensive, et cet égarement fut suivit d’une dégradation irréversible de la conscience de classe que même la résistance à la restructuration économique des années quatre-vingt ne put arrêter.

En réalité, ce qu’on importa ne furent pas les pratiques du mouvement de 1977 dans plusieurs villes italiennes baptisé Autonomia Operaia, mais la partie la plus retardataire et spectaculaire de cette « autonomie », celle qui correspondait à la décomposition du bolchevisme milanais – Potere Operaio – et particulièrement les masturbations littéraires de ceux qui furent désignés par la presse comme les leaders, à savoir, Negri, Piperno, Scalzone… En résumé, très peu de groupes furent conséquents dans la défense active de l’autonomie ouvrière mis à part les Travailleurs pour l’Auto­nomie Prolétaire (conseillistes libertaires), quelques collectifs d’usine (par exemple, ceux de FASA-Renault, ceux de Roca radiateurs, les arrimeurs du port de Barcelone…) et les Groupes Autonomes. Attardons-nous sur ces derniers.

L’autonomie armée

L’organisation « 1000 » ou « MIL » (Mouvement Ibérique de Libération) pionnière à bien des égards, se dénomma elle-même « Groupes Autonomes de Combats » (GAC) en 1972. La lutte armée débuta dans l’intention de soutenir la classe ouvrière pour la radicaliser, et non pas pour s’y substituer. C’est aussi en ce sens que se considérèrent « autonomes » les groupes qui se coordonnèrent en 1974 pour soutenir et libérer les prisonniers du MIL – que la police dénomma OLLA – ainsi que les groupes qui continuèrent en 1976, et après un débat dans la prison de Ségovie adoptèrent le nom de « Groupes Autonomes » ou GGAA (en 1979). Sans vouloir donner de leçon après coup, nous ferons cependant remarquer que le fait de se considérer comme une partie de l’embryon de la future « armée de la révolution » ou comme la « fraction armée du prolétariat révolutionnaire » était quelque chose non seulement de critiquable, mais aussi de faux en soi.Tous les groupes, qu’ils pratiquent ou non la lutte armée, étaient des groupes séparés qui ne représentaient personne d’autre qu’eux-mêmes, c’est ce que signifie réellement être « autonomes ». Une autonomie qui, soit dit en passant, devait être mise en doute puisqu’il existait au sein du MIL une spécialisation des tâches qui divisait ses membres en théoriciens et activistes. Le prolétariat se représente lui-même comme classe à travers ses propres organes. Et il ne s’arme jamais que quand cela lui est nécessaire, quand il se dispose à détruire l’État. Par contre, ce n’est alors pas une fraction qui s’arme mais toute la classe, formant ses milices, « le prolétariat en armes ». L’existence de groupes armés, y compris au service des grèves sauvages, n’apportait rien à l’autonomie de la lutte dans la mesure où il s’agissait de gens en marge de la décision collective et hors du contrôle des assemblées. Ils constituaient un pouvoir séparé et, plutôt qu’une aide, un danger s’ils étaient infiltrés par quelque indicateur ou provocateur. Dans la phase où en était la lutte, les piquets étaient suffisants. L’identification entre lutte armée et radicalisation était abusive. La pratique la plus radicale de la lutte des classes n’était pas les expropriations ou les pétards dans les entreprises ou les bureaux d’organismes officiels. Ce qui était réellement radical, c’était ce qui aidait le prolétariat à passer à l’offensive : la généralisation de l’insubordination contre toute hiérarchie, le sabotage de la production et de la consommation capitaliste, les grèves sauvages, les délégués révocables, la coordination des luttes, leur autodéfense, la création de moyens d’information spécifiquement ouvriers, le rejet du nationalisme et du syndicalisme, les occupations d’usines et de bâtiments publiques, les barricades… La contribution des groupes mentionnés à l’autonomie du prolétariat était limitée par leur position volontariste dans la question des armes.

Dans le cas particulier des Groupes Autonomes, il est certain qu’ils désiraient se placer à l’intérieur des masses et qu’ils recherchaient leur radicalisation maximale, mais les conditions de clandestinité qu’imposait la lutte armée les éloignaient de celles-ci. Ils étaient pleinement lucides quant à ce qui pouvait servir à l’extension de la lutte des classes, c’est-à-dire, quant à l’autonomie prolétaire. Ils connaissaient l’héritage de Mai 68 et condamnaient toute idéologie comme élément de séparation, y compris l’idéologie de l’autonomie, puisque dans les périodes ascendantes les ennemis de l’autonomie sont les premiers à se déclarer pour l’autonomie. D’après un de leurs communiqués, l’autonomie du groupe était simplement « une pratique commune fondée sur un accord minimum pour passer à l’action, mais aussi une théorie autonome correspondant à notre manière de vivre, de lutter, et à nos besoins concrets ». Ils en arrivèrent au point de s’enlever le L de libertaires (3) pour éviter d’être étiquetés et de tomber dans l’opposition spectaculaire anarchisme-marxisme. Ainsi que pour ne pas être récupérés en tant qu’anarchistes par la CNT, une organisation qu’ils considéraient, parce quelle était syndicale, comme bureaucratique, intégratrice et favorable à l’existence du travail salarié et par conséquent, du capital. Ils n’avaient pas vocation à la permanence comme les partis parce qu’ils rejetaient le pouvoir ; tout groupe réellement autonome s’organisait pour des tâches concrètes et se dissolvait quand ces tâches s’achevaient. La répression mit brutalement fin à leur existence mais leur pratique s’avère exemplaire, tant par ses succès que par ses erreurs, et par conséquent, pédagogique.

La technique autonome

Il y a un abîme entre les milieux prolétariens des années soixante et soixante-dix et le monde technicisé et globalisé. Nous vivons une réalité historique radicalement différente créée sur les ruines de l’antérieure. Le mouvement ouvrier s’est volatilisé, et pour cela parler d’« autonomie », ibérique ou non, n’a pas de sens si nous essayons par là de nous rallier à une figure inexistante du prolétariat et d’édifier sur celle-ci un programme d’action fantasmagorique, basé sur une idéologie faite de bribes d’autres. Dans le pire des cas, cela signifierait la résurrection du cadavre léniniste et de l’idée d’« avant-garde », ce qu’il y a de plus contraire à l’autonomie. Il ne s’agit pas non plus de se distraire dans le cyber-espace, ni dans le « mouvement des mouvements », en exigeant la démocratisation de l’ordre établi moyennant la participation à ses institutions des prétendus représentants de la société civile. Il n’y a pas de société civile ; cette « société » se trouve divisée en ses composants de base, les individus, et ceux-ci ne sont plus seulement séparés des résultats et des produits de leur activité, mais les uns des autres. Toute la liberté que la société capitaliste puisse offrir repose non pas sur l’association entre individus autonomes mais sur leur séparation et dépossession la plus complète, de façon à ce qu’un individu ne découvre pas chez un autre un soutien à sa liberté mais un concurrent et un obstacle. Cette séparation finit par être consommée par la technique digitale en tant que communication virtuelle. Les individus dépendent alors absolument des moyens techniques pour se mettre en rapport. Cependant, ce qu’ils obtiennent n’est pas un contact réel mais une relation éthérée. À la limite, les individus accros aux appareils sont incapables d’avoir des rapports directs avec leurs semblables. Les technologies de l’information et de la communication ont mené à bien le vieux projet bourgeois de la séparation totale des individus entre eux. Elles ont alors créé l’illusion d’une autonomie individuelle grâce au fonctionnement en réseau qu’elles ont permis. D’un côté, elles créent un individu totalement dépendant des machines, et par conséquent, parfaitement contrôlable ; d’un autre elles imposent les conditions dans lesquelles se déroule toute activité sociale, dont elles marquent les rythmes, et exigent une adaptation permanente aux changements. Ce n’est donc pas l’individu mais la technique qui a conquis l’autonomie. Malgré tout, si l’autonomie individuelle est impossible dans les conditions actuelles, la lutte pour l’autonomie ne l’est pas, même si elle ne devra pas se réduire à un décrochage du mode de survie capitaliste techniquement équipé. Refuser de travailler, de consommer, d’utiliser des appareils, de rouler dans un véhicule privé, de vivre dans des villes, etc., constitue en soi un vaste programme, mais la survie sous le capitalisme impose ses règles. L’autonomie personnelle n’est pas la simple autosuffisance dont le prix est l’isolement et la marginalisation auxquels on échappe grâce à la téléphonie mobile et au courrier électronique. La lutte contre ces règles et contraintes est aujourd’hui le B.A.-BA de l’autonomie individuelle et elle a devant elle beaucoup de voies, toutes légitimes. Le sabotage sera complémentaire de l’apprentissage d’un métier éteint ou de la pratique du troc. Ce qui définit l’autonomie de quelqu’un par rapport au Pouvoir dominant, c’est sa capacité de défense face à celui-ci. Quant à l’action collective, les mouvements conscients de masses sont aujourd’hui impossibles, parce qu’il n’y a pas de conscience de classe. Les masses sont exactement le contraire des classes. En l’absence de classe ouvrière, il est absurde de parler d’« autonomie ouvrière », mais pas de parler de groupes autonomes.

Les conditions actuelles ne sont pas si désastreuses qu’elles ne permettent plus l’organisation de groupes en vue d’actions défensives concrètes. L’avancée du capitalisme spectaculaire s’effectue toujours comme une agression, à laquelle il faut répondre là où c’est possible : contre le TGV, les parcs éoliens, les incinérateurs, les terrains de golf, les plans hydrologiques, les ports de plaisance, les autoroutes, les lignes à haute tension, les résidences secondaires, les pistes de ski, les centres commerciaux, la spéculation immobilière, la précarité, les produits transgéniques… Il s’agit d’établir des lignes de résistance à partir desquelles reconstruire un milieu réfractaire au capital dans lequel se cristallise à nouveau la conscience révolutionnaire. Si le monde n’est pas prêt pour de grandes stratégies, il l’est par contre pour des actions de guérilla, et la formule organisationnelle la plus opportune c’est les groupes autonomes. Voilà l’autonomie qui nous intéresse.


NOTES

(1) Parti Communiste Espagnol et Front de Libération Populaire. [NdT]

(2) Centrale Nationale de Syndicats (Central Naciónal de Sindicatos), le syndicat vertical franquiste. [NdT]
(3) En 1978, suite à une série d’arrestations à Madrid, Barcelone et Valence de personnes accusées de braquages, d’attentats et de détention d’armes et d’explosifs, la police créa pour l’occasion le nom de Groupes Autonomes Libertaires (GAL). Ces prisonniers reprirent ensuite ce nom avant de le transformer en 1979 en Groupes Autonomes (GA). [NdT]

jeudi 1 juin 2017

Point de vue image de classe (18) - De la “non-mixité” au pied de la lettre…

Point de vue image de classe (18)

De la “non-mixité” au pied de la lettre… 
Contre les bureaucrates non-mixitaires.


Chef bureaucrate : [...] Je ne veux plus entendre parler de lutte de classe ! Sinon je vous envoie mes sociologues ! Et, s’il le faut, mes psychiatres, mes urbanistes, mes architectes, mes Foucault, mes Lacan… Et si cela ne vous suffit pas, je vous envoie même un structuraliste. (Les bureaucrates rient)
Extrait de la retranscription du film La dialectique peut-elle casser des briques ? (1973)



Il m’aura fallut du temps pour comprendre que tout ce qui se pointait comme individu dans mon paysage personnel, avec une pointe d’accent hispanisant voir lusophone n’était pas obligatoirement un ancien guérillero marxiste, un “vieux” de la CNT, un déserteur de guerre colonial, un potentiel camarade voir “compagnon” issu d’un possible exil sud-américain. Il est à se demander si l’idéal politique n’est pas le versant sécularisé d’une forme de conception religieuse du monde par moment.

Mes catégories mentales de vieil adolescent furent détruites par quelques rencontres dans des lieux salutairement suspects, comme par exemple celle d’une colombienne thatchérienne à moins que cela soit l’inverse, et d’un entrepreneur esclavagiste du BTP factuellement je le sais maintenant portugais. Sans que je ne conjecture particulièrement à l’époque pour ce dernier cas, sur un atavisme particulier.

“L’expérience” et la vie m’ont permis de me débarrasser de cet “état d’esprit”. Comme celui de considérer les individus sur des clichés seventies et aussi par extension sur ce qu’ils sont censés être d’un point de vue des fétiches du capital, structurées par les séparations transitoires et historiques.

J’ai même poussé la problématique jusqu'à ce qu’ils disent d’eux mêmes ou de leurs beaux idéaux généreux et blablabla...Même si j'entends toujours d’un point de vue littéral ce qu’ils peuvent bien véhiculer et dire d’eux mêmes surtout quand le propos est bien dégueulasse.

Depuis j’ai concentré mes efforts pour casser mes clichés en rentrant dans le lard du concret, du général, vers le particulier. Pas simplement pour casser mes certitudes sensibles mais pour tenter de briser également la boucle infernal des représentations que l’on a de moi et que peuvent véhiculer ma classe et mon phrasé, mon patronyme exotique et ma misérable condition de subalterne. Elles ne disent rien de très profond sur moi finalement, de mes aspirations ou de ce que je crois être mes choix. Cela me permet une forme d’autoconscience et me donne la possibilité de me transformer je le pense, tout en transformant le monde. Au final il s’agit de dialectiser le réel sans jamais s’épargner.

Au delà des déterminismes, dé-essentialiser les regards et les discours sera t-il le combat d’une vie ? Briser le carcan de la “communauté” dont je suis issue et me battre contre son propre enfermement est un combat de chaque instant. Il y a bien sûr toujours des petits crétins pour vous y rattacher, ramener, vous y subordonner et vous y fixer encore et encore.

Ils sont au coin de sa rue, au boulot, et achèvent l’entreprise de soumission mais surtout d’imbrication dans la mécanique de reproduction du monde de la marchandise, ce rivet le plus tenace qui ne sera brisé que collectivement.

Je ne dis pas qu’on ne se complaît jamais, mais c’est toujours par conformisme, fatigue et lassitude parce qu’on reste toujours au niveau de l’écume de ce que l'on a dire ou à développer par pudeur, parce que la profondeur n'est pas permise, la nuance pas plus, et parce que par moment c’est bien pratique.


Vieilles modes & tradi-cons

Que les vieux discours stalino-libertaires faussement vénère pour la galerie du buzz, tapinent pour la “positivité” la “race” et nous demande de nous re-assigner, et de cultiver l’entre-soi comme porte de sortie, il y a la bien plus qu’un malaise non ? Qu’on a déjà critiqué et pour être franc on peut aisément s'en branler.….Mais le comble n’est-il pas que les gentils organisateurs du ressentiment soient tous des entrepreneurs surtout d’eux mêmes ? (on le constate et le constatera de plus en plus) Des associatifs arrosés par le flouz d’Etat, des flics sociaux ? (pléthore de sociologues) Il n’y a qu’à comptabiliser le nombre de profs de facs ou d’enseignants ! ...appointés par des officines para-politiques de la bourgeoisie de prêt ou de loin. De faux précaires de la politique mais des vrais mercenaires du conseil de “comm” de leur visibilité et du management communautaire pour mieux nous canaliser et donc nous faire taire !

On pouvait dire:

“L’intersectionnalité [...], n’a pour le moment produit aucune ligne “politique intersectionnelle” ou un “coeur” de rencontre des “oppressions” si ce n’est de la pondération plate et de la fragmentation concurrentielle. Il n’y a qu’à constater le nombre de chapelles et le genre de métaphysique éthologique où l’on excelle à buscar la quinta pata al gato.

On est toujours en retard d’une “oppression” à articuler ou à empiler. Les “luttes” ne seront pas les lieux du dépassement tant qu’une perspective révolutionnaire globale ne sera pas dégagée des vieilles cagettes conceptuelles, ou tant que les acteurs des luttes sociales n'imposeront pas leurs véritables besoins ; c’est-à-dire ceux dictés par les nécessités.

Le coeur du monde marchand : la marchandise et sa reproduction, ne semble d’ailleurs jamais véritablement intéresser les possibilistes du benchmarking politique.”


Dans le cas de la non-mixité “de race” (ou du compartimentage en général) et dans la plupart des débats, rencontres, il n’est déjà plus étonnant que ne soit même plus convoquée l'obsolète intersectionnalité, comme cache sexe de ce funeste débat sur la la “race“. Car finalement il n’a jamais été question de la Classe….car il serait alors question d’interroger véritablement Qui parle ? d'où l’on parle ?!

Il n’y a que le discours à prétention “scientifique” ou universitaire qui a la possibilité de convoquer les débats sous une axiologie dite neutre. Le problème c’est que cette neutralité axiologique est brisée quand sujet et objet s’entrechoquent s'interpénètrent, ou se “politisent” à ce niveau. Il semble alors inévitable dans une démarche complète et sincère de faire le travail jusqu’au bout c’est à dire d'interroger la Totalité (de l’Objet jusqu’au Sujet révolutionnaire, ses moyens et ses fins.). A moins de rester sur une problématique a-classiste ou inter-classiste et donc "neutre" ce qui semble arranger bien des individus.

Dans la majorité des débats c’est la petite bourgeoisie intello qui prend La parole. Se la distribue dans “ses” lieux bobo ou les prolétaires n’y foutent pas les pieds soyons honnêtes.

On préféra les barbecues le dimanche au soleil bord de l’eau.

Toujours est-il que rien ne nous empêche de prendre cette “proposition” politique au “sérieux” et au pied de la lettre d’accord, okay ! et de la développer jusqu’au bout ! Progressons dans cette démarche “non-mixitaire” mais commençons ou terminons par la classe, enfin comme on voudra mais sans l’oublier ! hein...?

On pourra même l’articuler...l’intersectionnaliser ! et là il ne restera pas grand monde chez les “animateurs” du marché de la “race” et même du genre (1)

Il n’y a jamais de patrons donc dans nos luttes ! Pourquoi ? parce que les “bases de classes” font le boulot ! Et si ce “travail” ne s’effectue pas dans ces “milieux” c’est bien normal n’y a pas de classes dans ce monde, pas plus de luttes contre un patron ou contre l’exploitation. La grande porte de l’inter-classisme est donc ouverte.

Bien sûr je parle ici comme premier “concerné” (comme ils disent) par mon exploitation, comme prolétaire aliéné. Je ne suis donc pas extérieur à ma classe comme le font la plupart de ceux qui en parlent.

On peut s'interroger finalement si le bizness de la "non-mixité" n'est pas le nouveau cache sexe de la bourgeoisie intellectuelle qui vient nier / masquer les rapports de classes et qui vient administrer, occuper et pourrir les débats par ses gesticulations médiatiques et sous-gramscistes de fac ?

Est-il le nouveau paradigme des nouveaux gestionnaires de la “diversité” de la marchandise contre l’égalité ? Car disons le aussi clairement, aucun anti-capitalisme (mais un vrai alter-capitalisme méritocrate en revanche), anti-étatisme, anti-partitisme n’est présent chez les auto-entrepreneurs /exploiteurs des vrais malheurs des autres.

Nous savons maintenant qu’il ne se situe que dans une pseudo contestation intégratrice. Qu’ils agitent des mots-valises pour des petits étudiants en sciences humaines et sociales aussi chiants que leur extractions de classes est moyenne.

Il n’est surtout pas question ici d’exprimer que la lutte anti-raciste n’est pas à l’ordre du jour  (elle l'est plus que jamais !) mais elle ne doit revêtir ni des habits religieux ni s’accommoder de ce qui ressemble à une l’alterophobie décomplexée, parce que de gôche, et qui serait ontologiquement immunisée par la bêtise, ou qui serait soit disant traditionnellement présente dans les mouvements des “opprimés” qui doit-on le préciser ici ont surtout une histoire liée aux courants les plus autoritaires.

A nous de réaffirmer sans relâche l’unicité du combat d’émancipation car temps qu’un seul d’entre nous sera aliéné, nié, écrasé pour ce qu’il EST nous ne serons pas libres. Mais ceci est tout aussi valable pour ce qu’il ne veut pas ÊTRE ce qu’on lui impose ! Notamment d’être une chose, une marchandise. Que l’on utilise à des fins d’exploitation économique ou politique.

A nous aussi de ne pas nous laisser entraîner sur les terrains des plus réifiés et de toujours alimenter nos existences de fluidité (non marchande) de surprises et de rencontres. Il n’y a que la lutte contre ceux qui veulent nous assigner et le dépassement constant de nos confortables frusques qui rendra compte de ce que nous pourrons entrevoir collectivement comme perspectives.

 L’idéologie se renforce en s’atomisant.


(1 ) Même si pour cette dernière problématique mon avis peut-être moins féroce car le “référentiel” est moins entaché par le vocable et les référentiels. Ce qui n'a rien à voir avec les rapports sociaux de sexe qui posent d'autres débats et d'autres pratiques.

mardi 30 mai 2017

« LOI TRAVAILLE ! » - Émissions des 8 et 14 Mai 2017 de Radio Vosstanie !

« LOI  TRAVAILLE ! »
Chronique d’une offensive antisociale annoncée.

Prochaine très longue émission de 
Radio Vosstanie !

Avec le Garap, Zones subversives, Vosstanie
et différentes interventions de Dieppe, Marseille, Paris.


Les 8 et 14 mai à 14h.
puis en re-Diffusion (Pendant deux mois )

ou

TÉLÉCHARGEMENT


durée 9h52 minutes



Quelques liens et textes pour alimenter le propos.





PLAN DE L’ÉMISSION


I) Le contexte historique : la crise de reproduction du capital social total se confond avec la caducité de la loi de la valeur, qui se traduit en crise de reproduction sociale globale.



A) « la crise dans la crise » qui s’épanche depuis 2008 : la loi de la valeur menacée en son cœur.
- La gravité du krach de 2008 est proportionnelle à la victoire éclatante de l’offensive capitaliste unitaire des 30 années écoulées : le cycle historique en crise est celui d’une recette de quête à la survaleur faite des ingrédients suivants : mise en concurrence universelle, globalisation des marchés, compression des salaires (du travail productif et improductif), financiarisation de l’économie mondiale, privatisation et endettement de l’Etat, pillage des moyens de production.

- La réelle cause du nécessaire encastrement du capital productif au capital fictif depuis le milieu des années 1970 : la menace de dévalorisation des titres à la plus-value est esquivée en dévalorisant systématiquement V et une partie de C. Résultat : L’accumulation du capital social total se réalise contre la reproduction sociale. la loi de la valeur étouffe les forces productives et est caduque car la productivité du capital est devenu trop importante pour que la richesse soit mesurée par le temps de travail humain socialement nécessaire.

- La crise enclenchée en 2008 est grosse d’un effondrement du capitalisme puisqu’elle révèle un degré de fictivité si développé du capital à l’échelle mondiale que c’est l’existence même du capital qui fait doute, autrement dit la valeur (et sa loi d’échange d’équivalents) qui jusque là était essentiellement dépassée est visiblement remise en question. L’argent est en passe de ne plus rien valoir : crise de la liquidité, menace d’interruption des échanges (et d’abord entre les banques), effondrement du commerce.


B) « Sauve qui peut » ! : des remèdes capitalistes en forme de piétinement de l’humanité

- La fuite en avant coordonnée par le donjon du capital, c'est-à-dire l’Etat, est l’unique solution pour sauver à court terme le capitalisme d’un écroulement. L’Etat sauve le capital en appliquant au centre de l’économie mondiale les remèdes de cheval qu’il avait imposés soit partiellement dans les pays riches soit à leur périphérie ces 30 dernières années : socialisation des pertes par l’endettement public et la guerre ouverte au prolétariat, c'est-à-dire programme de pillage illimité de V. La solution à la chute du capitalisme est de creuser dans les fondations de la reproduction de l’espèce.

- La logique de reproduction du capital social total se pose en absurdité assumée : les politiques « néolibérales » se voient non seulement confirmées mais aussi systématisées et aggravées.

- De quelques formes qu’a prises la guerre idéologique pour maintenir la conscience du prolétariat en deçà des exigences du temps : confusionnisme, abrutissement marchand, systématisation de la peur, glorioles bourgeoises.

C) Une offensive de classe illimitée : urgence de l’état du capitalisme à l’Etat d’urgence du capital

- L’Etat prêteur en dernier ressort est bel et bien le cerbère du capitalisme. Les tendances déjà à l’œuvre par lesquelles l’Etat capitaliste, depuis le milieu de la décennie 1970, se contractait sur ses fonctions les plus brutales se systématisent autant qu’elle s’intensifient.

- La violence de l’Etat est toujours plus crûment l’unique cariatide sur laquelle repose le capitalisme mondial : dans ses fonctions défensives (répression des populations) et offensive (guerre).

- Le droit bourgeois, cette réification régulatrice des rapports de valeur, se trouve fortement modifié - au point d’en perdre sa consistance – conséquence de l’effondrement avéré de la loi de la valeur. La force (la loi du plus fort) en son sein pressurise au point de menacer le consensus minimal et l’égalité de traitement (reflet de l’échange d’équivalents) indispensables à son fonctionnement. L’Etat d’urgence permanent comme illustration de ce phénomène : démocratie bourgeoise s’éclipse au profit d’un Etat totalitaire frère du marché totalitaire.


II) « Loi travaille ! », bataille décisive pour faire de la surexploitation une norme


A) De quelques spécificités intolérables de la force de travail hexagonale 
- Un salaire réel (direct et différé) en forme d’insulte à la prédation capitaliste. 
- Ce Welfare State et son droit du travail « exorbitants » : spécificité historique et lutte des classes (après guerre jusqu’en 1976). 
- Les fameuses « résistances » françaises : sur l’obstinée lutte des classes du salariat en France depuis les années 1990.

B) La crise comme dynamiseur du fanatisme patronal
- Qu’est-ce que le projet de refondation sociale du MEDEF ? : un retour aux normes salariales du 19ème siècle. 
- Briser les « obstacles » à la croissance. 
- Une vraie destruction des droits individuels et collectifs : produit dans la souffrance, consomme à crédit, et ferme-là !


C) La mise en conformité du capital variable aux normes européennes de dépouillage 
- Stratégie de Lisbonne, Pacte de Stabilité et de Croissance, « Europe 2020 » : Le marché aux esclaves européens c’est pour maintenant ! 
- Bref inventaire du vandalisme en cours ailleurs en Europe : des plans de sauvetage de l’Euro group (en Grèce, Italie, Espagne, au Portugal) aux différentes réformes du marché du travail dans ces mêmes pays, en passant par les « zones économiques spéciales ». 
- Pauvreté galopante, démantèlement des droits sociaux, santé au rabais, chômage de masse, précarisation générale : la « tiersmondisation » du prolétariat « occidental ».

III) A défaut d’éviter l’affrontement, ce sera classe contre masse

A) La désarticulation en actes de la classe prolétarienne   
(1) : les coups dans le dos 
- l’Action psychologique de la gauche 
- l’électoralisme de Nuit Debout 
- le sabotage syndical

B) La désarticulation de la classe prolétarienne (2) : l’Etat patronal 
- Attentats, Etat d’urgence et stratégie de la tension 
- Nouveau paradigme répressif à l’œuvre 
- La démocratie c’est bien la dictature de la bourgeoisie : 49-3

C) La désarticulation de la classe prolétarienne (3) : la masse en résistance  
- Les réelles formes de résistance à l’œuvre 
- La farce de l’autonomie affinitaire 
- L’autonomie prolétarienne en germe 
Conclusion : Une nouvelle débâcle en guise de creuset à une renaissance de la classe pour soi?