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Difussion en ce moment: Autonomie Ouvrière ? Commentaires discussion débat autour du texte: Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière de Lucia Bruno

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lundi 18 décembre 2017

Débat sur le texte: Qu'est-ce que l'Autonomie ouvrière ? - Émission de Radio Vosstanie (En ligne)

Émission de Radio Vosstanie !

du 10 décembre 2017 à 14h
(en diffusion en ce moment)

TELECHARGER L’ÉMISSION 
142 minutes


Discussion, débat et commentaires du texte de
Lucia Bruno


Qu'est-ce que l'autonomie ouvrière ?


Contre-capital & Vosstanie !


Le texte format papier sera disponible format livre en février 2017
Son du texte qui sera débattu en téléchargement
(en diffusion en ce moment)




https://entremonde.net/mario-tronti


Voir aussi

https://agone.org/memoiressociales/anneesderevesetdeplomb/

Alessandro Stella 
Années de rêves et de plomb
Des grèves à la lutte armée en Italie (1968-1980)


http://www.lyber-eclat.net/livres/la-horde-dor/

Nanni Balestrini / Primo Moroni
La horde d’or. Italie 1968-1977
La grande vague révolutionnaire et créative, politique et existentielle
Éditions de L’Éclat

lundi 11 décembre 2017

Qu’est-ce qui peut constituer la conscience politique ? * (Mikhaïl Bakounine) - Matériaux pour une émission (16)

 Qu’est-ce qui peut constituer la conscience politique ? *

Mikhaïl Bakounine (1872)

Peut-on se flatter de pouvoir donner, au moyen de la propagande la plus habilement organisée et la plus énergiquement exercée, aux masses populaires d’une nation des tendances, des aspirations, des passions, des pensées qui ne soient pas le produit de leur propre histoire et que, par conséquent, elles ne portent point naturellement, instinctivement dans leur sein ? Il me semble qu’à une question ainsi posée, tout homme consciencieux, raisonnable, et qui a la moindre idée de la manière dont la conscience populaire se développe, ne peut donner qu’une réponse négative. Et en effet, aucune propagande n’a jamais donné à un peuple le fond de ses aspirations et de ses idées, ce fond ayant toujours été le produit du développement spontané et  des conditions réelles de sa vie. Que peut donc faire la propagande ? En apportant une expression générale plus juste, une forme heureuse et nouvelle aux instincts propres du prolétariat, elle peut quelquefois en faciliter et en précipiter le développement, surtout au point de vue de leur transformation en conscience et en volonté réfléchie des masses elles-mêmes. Elle peut leur donner la conscience de ce qu’elles ont, de ce qu’elles sentent, de ce qu’elles veulent déjà instinctivement, mais jamais elle ne pourra leur donner ce qu’elles n’ont pas, ni éveiller en leur sein des passions qui de par leur propre histoire leur sont étrangères.

Maintenant, pour décider cette question, si au moyen de la propagande on peut donner la conscience politique à un peuple qui ne l’a jamais eue jusque-là, examinons ce qui constitue réellement dans les masses populaires cette conscience. Je dis expressément dans les masses populaires, car nous savons fort bien que dans les classes plus ou moins privilégiées, cette conscience n’est pas autre chose que celle du droit conquis, assuré et réglé d’exploiter le travail des masses et de les gouverner en vue de cette exploitation. Mais dans les masses, qui ont été éternellement asservies, gouvernées, exploitées, qu’est-ce qui peut constituer la conscience politique ? Ce ne peut être assurément qu’une seule chose, la sainte révolte, cette mère de toute liberté, la tradition de la révolte, l’art coutumier d’organiser et de faire triompher la révolte, ces conditions historiques essentielles de toute pratique réelle de la liberté.

Nous voyons donc que ces deux mots, conscience politique, dès leur origine même, et à travers tout le développement de l’histoire, ont deux sens absolument différents, opposés, selon les deux points de vue également opposés auxquels on se plaît de les envisager. Du point de vue des classes privilégiées, ils signifient conquête, asservissement, et organisation telle quelle de l’État en vue de l’exploitation des masses asservies et conquises. Du point de vue des masses, au contraire, ils signifient révolte contre l’État, et, dans leur dernière conséquence, destruction de l’État. Deux choses, comme on voit, tellement différentes qu’elles sont diamétralement opposées.

Maintenant on peut affirmer avec une certitude absolue qu’il n’y a jamais eu de peuple sur la terre, quelque abâtardi ou quelque maltraité qu’il ait été par la nature, qui n’ait ressenti, au moins à l’origine de son asservissement, quelque velléité de révolte. La révolte, c’est un instinct de la vie ; le ver même se révolte contre le pied qui l’écrase, et l’on peut dire en général que l’énergie vitale et la dignité comparative de tout animal se mesure à l’intensité de l’instinct de révolte qu’il porte en lui. Dans le monde des brutes, comme dans le monde humain, il n’est point de faculté ou d’habitude plus dégradante, plus stupide et plus lâche que celle d’obéir et de se résigner. Eh bien, je prétends qu’il n’y a jamais eu de peuple si dégradé, sur la terre, qui ne se soit point révolté, au moins dans les commencements de son histoire, contre le joug de ses conquérants, de ses asservisseurs, de ses exploiteurs, contre le joug de l’État.

Mais il faut reconnaître qu’après les luttes sanglantes du moyen âge, le joug de l’État a prévalu contre toutes les révoltes populaires, et qu’à l’exception de la Hollande et de la Suisse, il s’est assis triomphant dans tous les pays du continent de l’Europe. Il y a créé une civilisation nouvelle : celle de l’asservissement forcé des masses, et de la servitude intéressée et par conséquent plus ou moins volontaire des classes privilégiées. Ce que l’on a appelé révolution jusqu’ici, — même y compris la grande Révolution française, malgré la magnificence des programmes au nom desquels elle s’était accomplie, — n’a rien été en effet que la lutte de ces classes entre elles pour la jouissance exclusive des privilèges garantis par l’État, la lutte pour la domination et pour l’exploitation des masses.

Mais les masses ? Hélas ! il faut le reconnaître, elles se sont laissé profondément démoraliser, énerver, pour ne point dire châtrer, par l’action délétère de la civilisation de l’État. Écrasées, avilies, elles ont contracté l’habitude fatale d’une obéissance et d’une résignation moutonnières, et se sont en conséquence transformées en immenses troupeaux artificiellement divisés et parqués, pour la plus grande commodité de leurs exploiteurs de toute sorte.

Je sais fort bien que les sociologistes de l’école de M. Marx, tels que M. Engels vivant, tels que feu Lassalle, par exemple, m’objecteront que l’État ne fut point la cause de cette misère, de cette dégradation et de cette servitude des masses ; que la situation misérable des masses, aussi bien que la puissance despotique de l’État, furent au contraire, l’une et l’autre, les effets d’une cause plus générale, les produits d’une phase inévitable dans le développement économique de la société, d’une phase qui, au point de vue de l’histoire, constitue un véritable progrès, un pas immense vers ce qu’ils appellent, eux, la révolution sociale. C’est au point que Lassalle n’a pas hésité à proclamer bien haut que la défaite de la révolte formidable des paysans de l’Allemagne au seizième siècle, — défaite déplorable, s’il en fut, et de laquelle date l’esclavage séculaire des Allemands, — et le triomphe de l’État despotique et centralisé qui en fut la conséquence nécessaire, constituèrent un véritable triomphe pour cette révolution ; parce que les paysans, disent les marxiens, sont les représentants naturels de la réaction, tandis que l’État militaire et bureaucratique moderne — produit et accompagnement obligé de la révolution sociale qui, à partir de la seconde moitié du seizième siècle, a commencé la transformation lente, mais toujours progressive, de l’ancienne économie féodale et terrienne en production des richesses, ou, ce qui veut dire la même chose, en exploitation du du travail populaire, par le capital — fut une condition essentielle de cette révolution.

On conçoit que, poussé par cette même logique, M. Engels, dans une lettre adressée dans le courant de cette année à l’un de nos amis [24], ait pu dire, sans la moindre ironie, et au contraire très sérieusement, que M. de Bismarck aussi bien que le roi Victor-Emmanuel ont rendu d’immenses services à la révolution, l’un et l’autre ayant créé la grande centralisation politique de leurs pays respectifs. Je recommande beaucoup l’étude et le développement de cette pensée toute marxienne aux Français alliés ou partisans de M. Marx dans l’Internationale.

Matérialistes et déterministes, comme M. Marx lui-même, nous aussi nous reconnaissons l’enchaînement fatal des faits économiques et politiques dans l’histoire. Nous reconnaissons bien la nécessité, le caractère inévitable de tous les événements qui se passent, mais nous ne nous inclinons pas indifféremment devant eux, et surtout nous nous gardons bien de les louer et de les admirer lorsque, par leur nature, ils se montrent en opposition flagrante avec le but suprême de l’histoire, avec l’idéal foncièrement humain qu’on retrouve, sous des formes plus, ou moins manifestes, dans les instincts, dans les aspirations populaires et sous les symboles religieux de toutes les époques, parce qu’il est inhérent à la race humaine, la plus sociable de toutes les races animales sur la terre. Ce but, cet idéal, aujourd’hui mieux conçus que jamais, peuvent se résumer en ces mots : C’est le triomphe de l’humanité, c’est la conquête et l’accomplissement de la pleine liberté et du plein développement matériel, intellectuel et moral de chacun, par l’organisation absolument spontanée et libre de la solidarité économique et sociale aussi complète que possible entre tous les êtres humains vivant sur la terre.

Tout ce qui dans l’histoire se montre conforme à ce but, du point de vue humain, — et nous ne pouvons pas en avoir d’autre, — est bon ; tout ce qui lui est contraire est mauvais. Nous savons d’ailleurs fort bien que ce que nous appelons bon et ce que nous appelons mauvais sont toujours l’un et l’autre des résultats naturels de causes naturelles, et que par conséquent l’un est aussi inévitable que l’autre. Mais comme, dans ce qu’on appelle proprement la nature, nous reconnaissons beaucoup de nécessités que nous sommes très peu disposés à bénir, par exemple la nécessité de mourir enragé lorsqu’on a été mordu par un chien enragé, de même, dans cette continuation immédiate de la vie naturelle qu’on appelle l’histoire, nous rencontrons beaucoup de nécessités que nous trouvons beaucoup plus dignes de malédiction que de bénédiction, et que nous croyons devoir stigmatiser avec toute l’énergie dont nous sommes capables, dans l’intérêt de notre moralité tant individuelle que sociale, malgré que nous reconnaissions que, du moment qu’ils se sont accomplis, les faits historiques même les plus détestables portent ce caractère d’inévitabilité que nous retrouvons aussi bien dans tous les phénomènes de la nature que dans ceux de l’histoire.


Extrait de

Mikhaïl Bakounine  Œuvres - Tome IV. FRAGMENT, formant une suite de L'Empire Knouto-Germanique. p 451-458  


* Note Vosstanie : Le titre relève de notre initiative.

jeudi 7 décembre 2017

A paraitre en février 2018 : Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ? de Lucia Bruno

Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ?
1985
  A paraître en février 2018



Brochure 90p. 

La publication sera complétée par un texte de commentaire critique ou nous soulignerons les lignes de forces mais aussi ce qui pose un véritable débat, une discussion.




O que é Autonomia Operária - Lúcia Bruno. Editora Brasiliense - 1986 . 91p.


 Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ?
Ce qu'est l'autonomie ouvrière. 


"Ce qui définit l'autonomie ouvrière comme pratique sociale, c'est sa capacité à créer des relations sociales d'un nouveau genre, qui se structurent en antagonismes ouverts avec les relations sociales existantes dans la société capitaliste. Dans quel sens ?

Dans le sens ou l'autonomie ouvrière s'exprime par la pratique de l'action directe contre le capital, sur les lieux de production — épine dorsale du capitalisme. Cette action directe unifie le pouvoir de décision et d'exécution, élimine la division entre travail manuel et intellectuel, abolit la séparation entre dirigeants et dirigés, et fait cesser la représentation par la délégation de pouvoir.

Sur le terrain de l'autonomie ouvrière, le travailleur ne se fait pas représenter. Il se représente.

Il s'agit d'un processus de lutte dans laquelle la classe ouvrière s'organise et se dirige, en se différenciant des classes dominantes, de leurs institutions, des pratiques et de l’idéologie d'intégration et d'exploitation. C'est une pratique qui unifie tous les fronts de lutte : économique, politique et idéologique, en ayant comme objectif final le socialisme."


mardi 5 décembre 2017

Misère de la reconnaissance, reconnaissance de la misère...

Misère de la reconnaissance, 
reconnaissance de la misère...
Comment faire des économies à l'approche des fêtes 



"La tache principale pour ressusciter la tradition socialiste consiste donc à revenir sur l'assimilation opérée par Marx entre économie de marché et capitalisme, pour dégager des espaces permettant d'imaginer d'autres manière d'utiliser le marché."
  
Axel Honneth 



In L'idée du socialisme : Un essai d'actualisation. Éditions Gallimard 2017. (page 82)





mercredi 29 novembre 2017

Introduction à l'histoire du MOUVEMENT LIBERTAIRE AU PORTUGAL (Parution)

Introduction à l'histoire du 
MOUVEMENT LIBERTAIRE 
AU PORTUGAL
Suivi de 
Caractéristiques de l'activité fouriériste 
dans la Péninsule ibérique.

CARLOS DA FONSECA




 La première édition de cette brochure est parue au CIRA 
[Centre International de Recherches sur l'Anarchisme] en 1973.

Le deuxième texte est extrait de la revue   
Autogestion et Socialisme, Charles FOURIER, Paris: Anthropos, n°20/21 - 1972.


TABLE

1. Sources d'inspiration

(Proudhon, Reclus et Kropotkine, Le syndicalisme révolutionnaire).

2. La Première Internationale ; La traversée du désert.

3. L'expansion de l'idéal libertaire.

4. Le terrorisme révolutionnaire.

5. L'orientation syndicaliste.

6. Congrès et conférences anarchistes.

Petit répertoire de la presse anarchiste portugaise [1886-1932]

Suivi de  

Caractéristiques de l'activité fouriériste 
dans la Péninsule ibérique.

*

Éditions ArqOperaria / Vosstanie, 2017 - 60p.

*




EXTRAIT




“Considérant que la propriété individuelle, la matière première et les instruments de travail, dans l'organisation sociale actuelle, sont l'origine de la misère des travailleurs;
que l'état politique indispensable au maintien de la propriété individuelle, est la cause du despotisme, du privilège, de la division des classes, de la décomposition et de la corruption sociale;

que, en conséquence, la classe laborieuse, pour atteindre un meilleur avenir et réaliser son émancipation, doit éliminer l’État et la propriété individuelle;

que l'émancipation de la classe laborieuse ne consiste pas à usurper la ploutocratie, mais à la détruire, quelle qu'elle soit…

Le groupe communiste-anarchiste de Lisbonne se constitue indépendamment de tout parti politique, pour répandre et développer ses théories, prêcher la révolution et la liquidation sociale, comme moyen indispensable à l'émancipation des classes laborieuses. En conséquence le groupe communiste-anarchiste repousse :

1) - la légalité des moyens d'action tels que les agitations électorales ou les mystifications parlementaires;

2 ) - la légalité imposée par l’État ou la religion, à la constitution de la famille
3) - la soumission à toute autorité personnelle ou législative, absolue, mandataire
ou paternelle;

4) - le sentiment patriotique ou national, l'égoïsme de race, de religions et de langues.

Comme moyens d'action le groupe communiste-anarchiste accepte ceux que prescrivent les revendications de la personnalité individuelle et les conditions de la société :
1) – la pratique de la solidarité avec tous les groupes et tous les individus qui veulent, comme nous, détruire le système social contemporain;

2) –l'abstention du suffrage, la désertion de la caserne, la grève violente, la propagande illégale sur le terrain des faits, et tous les autres moyens qui peuvent hâter la décomposition politique et économique des états;

3) – la vigilance attentive pour profiter de toute désorganisation des pouvoirs publics et procéder à la liquidation sociale.

Et, en prévision de l'organisation future, le groupe inscrit sur sa bannière, les mots
Communisme-anarchisme”

Grupo Comunista-Anarquista de Lisbonne : Revoltado n°1, 1887

voir aussi


(Sur la révolution dite des "oeillets" ou la transition démocratique portugaise)


 Un grand merci au CIRA de Lausanne qui vient de nous communiquer certaines corrections que Carlos da Fonseca avait effectué sur la brochure. Nous éditerons d'ici quelques un nouveau PDF de l'ouvrage.

lundi 27 novembre 2017

Pragmatisme, utopie et mystique communiste - Point de vue image de classe (20)

Pragmatisme, utopie et mystique communiste.
Point de vue image de classe (20)



"Il n'existe aucun procédé pour voir, même avec des yeux de presbyte, l'avenir dans le présent, aucun procédé pour calculer l'avenir."
Georges Sorel




Le mélaminé thermorésistant de cette vieille table qui trône dans la cuisine a supporté bien des épreuves. Je ne doute absolument pas de sa capacité à endurer un débat initié par deux ados ingurgitant ce célèbre et délicieux plat constitué essentiellement d’œufs tout à fait brouillés par ma fainéantise.

La nuit est tombée, et les questions sur l’absurdité et le “sens” de l’existence fusent.

Jean-Paul Sartre fut discuté à l’apéro et aussitôt évacué entre des lampées de sirop d’orgeat, des bretzels mous et des tuiles apéritives cassées saveur paprika.

Alors que je m'apprêtais à sortir mon éternelle barre pâtissière en guise de dessert, j’ai eu droit à la question qui tue. Un type de question auquel je ne faisais plus face et que j’ésquive depuis quelques années grâce à certains subterfuges aussi subtils que l'évitement.

Je me retrouve alors dans la célèbre position du militant, de celui qui doit convaincre parce que bousculé dans son engagement notoire.

Il ne s’agit plus de répondre au quidam ou de jouter verbalement avec un militant trotskiste aussi déformé qu’un vieux support de publicité sur lieu de vente de sortie de gare, ou de disserter avec des camarades convaincus par l'implicite d’une perspective.

Il fut fort aisé de répondre à cette question aussi folle que pratique et pourtant si pragmatique, si sensée. J’avais l’impression et c’était effrayant, de répondre en ayant le Monde nouveau [1] dans les mains.

Finalement je devais conclure devant mon auditoire (acquis) de manière sincère que j’étais rodé à ce genre d’exercice rhétorique et que mes explications étaient bien trop faciles et toutes aussi folles que leurs questions qui maintenant s'enchaînaient.

En cherchant dans mes mots une pile d’arguments qui pourraient motiver le fait de ne pas se rendre le lendemain au lycée, et de ne pas alimenter ce monde “aberrant”, il me fallait quand même tenir en équilibre pour ne pas dissoudre toute problématique de compréhension du réel et de sa dynamique (ce qui fut vaguement possible)  car il ne s’agit pas de faire de mes interlocuteurs non neutres des zombies, des apôtres de mon engagement personnel, ou des ardents et circonstanciels défenseurs de l’école buissonnière sous la bannière du "c’est pas juste ce monde est trop dégueulasse et ya un contrôle de maths demain ".

A la suite de mon “l’Utopie c’est de croire que notre monde peut continuer comme ça” j’ai dû convenir du malaise, car dans cette débauche d'arguments commerciaux sur la possible belle vie libertaire, il y avait quelque chose qui n’était absolument pas satisfaisant.... bien sûr.

Cela était d’autant plus vrai que ma dernière lecture faisait référence à L’utopie plus précisément dans sa conclusion.

Que l’on puisse nourrir son imaginaire d’utopies ou d’utopie il n'y a rien de très gênant, c’est même presque nécessaire pour sa propre sauvegarde. Le plus dangereux c’est peut-être de s’en contenter et peut-être même d’affirmer que le communisme en est une.

Ceci est d’autant plus vrai parce que dans l’optique utopique et donc idéale, c’est-à-dire sans défauts, toutes les questions trouvent nécessairement leurs réponses et leurs résolutions harmonieuses.

En cela la société communiste ou libertaire n’est pas une utopie.

Étonnamment l’utopisme en politique engendre un pragmatisme, une casuistique qui s'agence parfaitement à l’esprit du militant, de celui qui veut avoir le dernier mot pour que son monde ne s'effondre pas. Il trouvera toujours l'argument approprié, il répondra à une angoisse, la sienne propre ou celle de son interlocuteur.

Je me devais donc à l’heure de mon café qui suivait la vaisselle, non sans avoir joué du balai sous la table, de conclure avec eux que : la société idéale n'existera probablement pas et que cela serait mieux ainsi.

Il restait à dire et à développer à deux personnes qui comptent dans ma vie, et qui me disaient que j’avais “raison”, d’éviter de suivre, d'acquiescer bêtement à ce que je pouvais dire. Qu’il y avait surtout et essentiellement à n’avoir ni de maître ni de dieu. Pour le reste qu'il fallait surtout en discuter collectivement et qu’on avait rarement la solution tout seul dans sa chambre face à YouTube.

Le lave-linge tourne et pendant que je me dirige avec un sac vers la poubelle, celle des cartons je m’interroge.

Il semble que certains ouvrages de théories du communisme s'offrent a peu de frais un objectivisme tempéré par cet appel à l’utopisme, comme pour adoucir l'implacabilité de quelque chose de fermé, de finalement plutôt morbide. La nécessité côtoie la grande tristesse, peut-être celle du “théoricien” isolé, seul et “incompris de tous”. Ce topos des beaux rêves, à l’imaginaire lisse reste finalement clos.

Cette parade à "L’utopie” ne me semble même pas ou plus stimulante, elle reste même tout aussi aride. [2] Elle semble même travestir terminologiquement l’esprit d’une vraie mystique communiste avec son lot de dévots et autres charismatiques qui s’amusent à imaginer dans leurs têtes la dissolution immédiates des médiations engendrées par la marchandise à coup de citation critiques de Marx.

Le problème c’est que cette conception “mystique” du communisme, qui refuse à juste titre de faire bouillir les marmites du futur ne s’empêche pas de convoquer à la rescousse l'Utopie la plus plate, c'est-à-dire la plus "idéale", pour finalement ne pas même imaginer quoi que ce soit d'idéal avec des marmites ! encore moins qu’il faudra peut-être probablement un jour du feu...

Il est évident qu'un monde libéré de la marchandise (mais pas des utiles casseroles et autres poêles  svp camarade !) reconfigurera aussi bien l'imaginaire et nos repères, tout autant nos désirs, nos envies, de là à nous faire ingurgiter des aliments ou des plats encore congelés cela mérite un peu de réflexion ou de nuance quand même.

Il est temps d'apprendre à faire un feu pour qu'il brule encore et encore.



Notes

[1] Ouvrage de Pierre Besnard - Le monde nouveau, Organisation d'une société anarchiste. (1934)
[2] L’Utopie de Thomas More est plutôt effrayante en fait.